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La fabuleuse histoire d’ETA, chapitre 2 : de la holding à la super-holding

20 mai 2016

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La situation de l’horlogerie suisse au début des années 1930 est pourtant dramatique. Les faillites se succèdent, près de 20 000 horlogers sont au chômage. Banques et associations horlogères vont alors jouer leur va tout. Le principe de base c’est que la stratégie qui a présidé à la création d’Ebauches S.A. est la bonne. Simplement, elle n’a pas été menée jusqu’au bout, c’est-à-dire jusqu’à la concentration complète de l’ébauche. On concocte alors le plan d’action suivant :

  1. Constitution d’une super holding avec participation égale de l’industrie et des banques,
  2. Acquisition par la super holding de la majorité des actions d’Ebauches S.A.,
  3. Participation financière de la Confédération,
  4. Concentration des fournitures essentielles de la montre, soit, assortiments, balanciers et spiraux, et acquisition par la super holding de la majorité des actions de ces concentrations.

C’est ainsi qu’est créée le 14 août 1931 la Société Générale de l’Horlogerie Suisse S.A. plus connue sous le nom d’Allgemeine Schweizerische Uhrenindustrie A.G. ou ASUAG, et qu’elle se dote de son premier président, Hermann Obrecht.

Premières tâches urgentes pour l’ASUAG : les finances. Car vouloir réaliser la concentration des ébauches et des branches annexes demande beaucoup, beaucoup d’argent. Et même en raclant les fonds de tiroirs de l’ASUAG et des banques, il en manque. Les analystes se permettent même le luxe d’être précis : il manque 13,5 millions de francs suisses. On va alors mettre en pratique le point trois du plan d’action en allant taper à la porte de la Confédération.

Il n’est pas banal qu’un Etat aide financièrement une société de droit privé. Mais la situation est particulière : d’une part il y a le nombre impressionnant d’horlogers au chômage ; d’autre part l’horlogerie n’est pas considérée en Suisse comme une industrie comme les autres. C’est un trésor national qui véhicule dans le monde entier une image et des valeurs dont les retombées pour le pays dépassent largement le seul chiffre d’affaires réalisées par les montres à l’exportation.

Après de nombreuses tractations, le 11 septembre 1931 la Confédération Suisse entre dans le capital de l’ASUAG à hauteur de 6 MF et accorde un prêt sans intérêt de 7,5 MF  remboursable par annuité de 1 MF à partir de 1934.

Désormais l’ASUAG a le champ libre et la concentration de l’ébauche et des parties réglantes va être menée au pas de course. Dès 1932 sont créés Les Fabriques d’Assortiments Réunis S.A. et Les Fabriques de Balanciers Réunis. La même année Ebauches S.A. rachète Manzoni, Moser, Peseux, Fleurier, Ed. Kummer S.A. (montres Atlantic) et deux fabriques mixtes (mouvements et montres complètes) qui méritent qu’on s’y attarde : A. Reymond S.A. et Eterna.

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Auguste Reymond a créé sa Fabrique d’Horlogerie à Tramelan en 1898. La maison grandit vite et devient Manufacture en 1906 en produisant ses propres ébauches d’abord aux Bioux puis à Tramelan. En 1918 l’entreprise devient société anonyme sous le nom A. Reymond S.A. ou ARSA et en 1926 rachète la fabrique Unitas Watch Co. à Tramelan. Lors de l’affiliation à Ebauches S.A. en 1932, l’entreprise sera scindée en deux : ARSA pour les montres, Unitas pour les Ebauches.

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Même chose pour Eterna. Joseph Girard et Urs Schild s’étaient associés en 1856 pour diriger une fabrique d’ébauches à Granges. En 1870 l’entreprise occupait plus de 300 personnes et la marque Eterna est utilisée à partir de 1876. À la mort d’ Urs Schild, Max Schild prend la suite et la société devient Schild frères et Cie en 1891. En 1929 elle produit plus 2 millions de pièces et emploie plus de 800 personnes. Lors de l’affiliation à Ebauches S.A. en 1932, le nom Eterna sera réservé aux montres et la fabrique d’ébauches deviendra ETA S.A.

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Malgré ces efforts considérables, en 1933 il reste toujours 22 entreprises « dissidentes » dont neuf fabriques d’ébauches. La Confédération va alors légiférer : le 15 mars 1934 sont publiés les « Arrêtés du Conseil Fédéral tendant à protéger l’industrie horlogère suisse ». Désormais il est interdit d’ouvrir sans permis de nouvelles entreprises horlogères et il est interdit d’exporter des chablons en dehors des conventions.

L’horlogerie suisse est désormais sous contrôle.

Les rachats de sociétés vont continuer mais à un rythme moins soutenu : il faut dire que la situation économique s’améliore et que la demande repart. Il y aura tout de même, entre autres, absorption de La Champagne en 1938, de Derby, Precimax, Gigantic en 1941, de Glycine en 1942 et de Valjoux en 1944. La mythique Valjoux S.A., à qui le chronographe suisse doit tant, s’appelait Reymond Frères lors de sa création aux Bioux, dans la Vallée de Joux, par John et Charles Reymond, en 1901. D’où le sigle R trouvé sur les mouvements. L’entreprise se spécialise d’emblée dans les mécanismes de chronographes et fabrique ses ébauches à partir de 1910. En 1929 Marius et Arnold, fils de John, prennent la succession et l’entreprise devient Valjoux S.A. En 1942 elle produit annuellement pas moins de 60 000 ébauches avant de passer sous contrôle d’Ebauches S.A. en 1944.

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A suivre…