La véritable histoire d'Excelsior Park

La véritable histoire d'Excelsior Park

Excelsior Park

Excelsior Park, une entreprise majeure dans le domaine des compteurs et des chronographes.

Description

Joël Pynson

Première version : Juin 2009

Mise à jour : Janvier 2025, Avril 2026

Le nom Jeanneret est associé à pas moins de 5 entreprises horlogères de St Imier : Moeris, Léonidas, Junior, Excelsior Park et Jules-Fred. Jeanneret. Dans cet article nous nous intéresserons à Excelsior Park, entreprise majeure dans le domaine des compteurs et des chronographes.

 

1. À l’origine : Jules-Frédéric Jeanneret

Jules-Frédéric Jeanneret a installé une fabrique d’horlogerie à St Imier en 1866. Il s’est associé ensuite avec son beau-frère Fritz Thalmann sous la raison Thalmannn, Jeanneret & Cie [1].

En 1883 la société s’appelait Jeanneret & Fils, Jules-Frédéric était donc associé à cette époque avec l’un ou plusieurs de ses fils [2].

En 1886, 3 fils de Jules-Frédéric (Albert, Henri et Constant) créent leur propre société qu’ils nomment Usine à vapeur du Parc, Alb. Jeanneret & frères. Jules-Frédéric reste seul sous le nom Jules Fc. Jeanneret [3]. Les deux entreprises vont dès lors suivre des destins séparés.

 

1890

1889

2. Albert Jeanneret et frères

Comme leur père, les frères Jeanneret s’intéressent aux chronographes et aux compteurs. Il est difficile toutefois de connaitre avec précision les calibres chronographes qui appartiennent à l'une ou l'autre des fabriques. Il semble en fait que le calibre de base de Jules-Frédéric Jeanneret a également été utilisé par ses fils puisqu'on retrouve souvent sur ces calibres la marque Colombe, utilisée par les deux sociétés.

Il existe toutefois un calibre chronographe que l'on peut trouver sous la marque Revelator et qui est probablement propre à Albert Jeanneret et ses frères.

En 1891, les frères Jeanneret déposent un brevet sur un compteur [4], avec un détail qui va devenir l’une des signatures de la manufacture : un pont en forme de J, première lettre de leur nom.

Mais en 1893, Albert quitte la société et s’associe avec Fritz Moeri-Thalmann pour créer la fabrique Moeri & Jeanneret, qui deviendra plus tard Moeris [5].

Albert Jeanneret & Frères devient alors Jeanneret Frères, Usine du Parc.

 

3. Jeanneret Frères, Usine du Parc

En 1893, les frères Jeanneret récupèrent le brevet 3364 et la marque Excelsior, précédemment déposée par Albert, qui devient la marque réservée aux compteurs.

 

1896

La manufacture produit aussi des chronographes sous la marque Colombe et des montres simples sous les marques Diana et Cervin. Elle obtient une médaille d’or à l’Exposition Internationale de Bruxelles en 1897.

En 1901, c’est Constant qui quitte l’entreprise pour rejoindre son beau-père qui dirige la Manufacture Junior [6]. Henri se retrouve donc seul et la société est renommée Jeanneret-Brehm successeur de Jeanneret frères, Usine du Parc [7].

4. Jeanneret-Brehm

1902

1908

Vers 1902, Jeanneret Frères lance un chronographe de seulement 13 lignes. On peut remarquer qu’à la même époque, la société de la même famille Vve de Jules-Frédéric Jeanneret a aussi un calibre de 13 lignes. Peut-être s’agit-il en fait du même, ou avec une variante. Les chronographes de cette époque n’étant pas signé, il est très difficile aujourd’hui de répondre à cette question. Mais dans les deux cas, il est fort possible que ces calibres aient permis de réaliser les premiers chronographes-bracelets suisses.

Pour compléter la gamme de montres, la société Jeanneret-Brehm s’associe en 1910 avec la fabrique H. Magnenat-Lecoultre, créée en 1887 au Sentier dans la Vallée de Joux. Cette fabrique était spécialisée dans les montres à répétition, avec ou sans chronographe.

 

1902

L'entreprise prend alors le nom de Jeanneret-Brehm & Cie, Speedway Watch Co [8].

 

5. Jeanneret-Brehm & Cie

La nouvelle société vend désormais ses compteurs sous la marque Excelsior, ses chronographes sous la marque Colombe et ses répétitions sous la marque Le Risoud.

1911

La marque Excelsior Park est déposée en 1912 [9].

 

1916

En 1916, les fils d’Henri, Robert-Henri et Edmond, reprennent la société sous le nom Les fils de Jeanneret-Brehm, Excelsior Park et Speedway Watch Co.

 

6. Les Fils de Jeanneret-Brehm, Excelsior Park

Au début des années 1920, avec la désaffection des montres à répétition, Excelsior Park va se recentrer exclusivement sur les compteurs et les chronographes. L’entreprise est dirigée par « Messieurs R.-H et Ed. Jeanneret. L'un d'eux, diplômé du Technicum de La Chaux-de-Fonds, est doublé d'un sportsman très au courant du chronométrage des courses, souvent appelé à fonctionner en qualité de chronométreur officiel, il fut amené à construire des appareils qui ne manquèrent pas d'être favorablement accueillis partout. La plupart, au surplus, ont été officiellement adoptés par des fédérations suisses ou internationales [10]. »

 

1922

En 1922 Excelsior Parc dispose d'une gamme de 32 compteurs différents : tachymètres, pulsomètres, à rattrapante, calibre ancre ou Roskopf, pour le foot-ball, le rugby, le water-polo, le hockey, avec sonnerie pour la boxe, montre dite de contrôle avec lunette tournante ce qui était original pour l'époque, compteur Taylor pour les calculs de production, ou encore l'Electro-pointer construit en collaboration avec M. Chaponnière, alors chronométreur officiel de l'Automobile-Club de Suisse.

 

1922

Cette année-là, le 24 mai pour être précis, Excelsior Park a breveté un petit logement à l'intérieur d'un mouvement pour y placer des pièces de rechange [11]. Cela deviendra également une marque de fabrique permettant instantanément de reconnaître un mouvement Excelsior Park. Cette idée sera toutefois copiée, par Léonidas et Berna en particulier, et Excelsior Park dut faire valoir ses droits par voie de presse.

1929

1933

En 1925 Excelsior Park revendique le titre de plus importante fabrique suisse pour les compteurs de sport. La gamme s'est encore agrandie avec des compteurs pour le canotage, le sport automobile, des compteurs à temps décimal, d'autres mesurant le centième de seconde avec l'aiguille faisant un tour par seconde.

 

Vers 1929, une série de nouveaux mouvements de chronographes est lancée, de belle facture, de 18 à 22 lignes. Ils comportent des fournitures de rechange pour le rhabillage.

 

1938

Un tournant se produit en 1938 avec la création du calibre chronographe de forme 12/13 lignes destiné aux montres-bracelets. C'est un beau mouvement qui, avec ses variantes, va être fabriqué pendant près de 40 ans. Les calibres chronographe de forme sont très peu nombreux : il semble qu'il n'y est guère que le Landeron 11 du début des années 1930, le Chrono-Sport d'Invicta qui date de 1932, et un rare chronographe rectangulaire Movado monté dans un boîtier Reverso vers 1939.

 

1938

 

Le mouvement sera d'abord appelé simplement 12/13 puis il sera baptisé calibre 42. Il existe d'emblée avec 1 ou 2 poussoirs et avec compteurs 30 ou 45 minutes.

Quelques années plus tard apparut une version classique, ronde, de ce mouvement, baptisée calibre 4 et une version avec compteur d'heures du calibre 4, sous la dénomination 42.

Mais si ce mouvement eut une diffusion importante c'est qu'il ne fut pas utilisé que par Excelsior Park. Trois autres sociétés l'ont utilisé : Gallet, Zénith et Girard Perregaux.

- Gallet était très présent aux Etats-Unis où les montres étaient vendus sous les marques Gallet et Racine. Les compteurs Gallet étaient équipés de calibres Excelsior Park. Pour les chronographes, Gallet a utilisé les calibres Excelsior Park et les calibres du trust Ébauches SA (Vénus et Valjoux en particulier).

- Au moment de la création des trusts horlogers en Suisse à la fin des années 1920 et au début des années 1930, Zenith a choisi de rester une manufacture et donc de continuer à produire ses propres calibres. Du fait du statut horloger, l’entreprise ne pouvait donc pas utiliser les calibres Ébauches SA (Vénus, Landeron, et Valjoux à partir de 1944). Pour faire ses premiers chronographes-bracelets, en 1938 Zenith s’est donc adressée à Excelsior Park qui était aussi une manufacture, et a utilisé le calibre 42. Plus tard, du fait des relations qui vont exister entre Zenith et Universal, Zenith utilisera aussi les calibres Universal/Martel pour ses chronographes [13].

 

1938

- Girard-Perregaux, qui avait été rachetée par Mimo en 1930, ne disposait pas de calibre chronographe, si l'on excepte le calibre Stop-en-vol du modèle Mimolympic de 1936. En tant que manufacture, Girard-Perregaux était dans la même situation que Zenith, mais Girard-Perregaux avait utilisé des calibres Valjoux pour ses chronographes avant que Valjoux n’intègre Ébauches SA en 1944, ce qui lui permit de continuer à les utiliser. Plus tard, Girard-Perregaux a utilisé des calibres Universal, mais Universal ayant été racheté par Bulova en 1966, Girard-Perregaux s’adressa à Excelsior Park, en particulier pour le modèle Olimpico de 1968.

 

En 1939, le fils de Robert Jeanneret, Robert-Edmond, entre au conseil d’administration de l’entreprise de son père [14]. Il représente la 4e génération des Jeanneret.

Sur la base du calibre 4, Excelsior Park va lancer vers 1945 un surprenant chronographe à aiguille d'orientation que l’entreprise à recommandé aux parachutistes militaires ! Ce chronographe a été également commercialisé par Gallet et par Zénith qui l'avait baptisé Sextant.

 

1945

Après la 2e Guerre Mondiale, Excelsior Park continue la fabrication de chronographes et compteurs.

En 1951, Edmond Jeanneret prend sa retraite, et en 1956 Robert-Edmond prend la direction de l’entreprise.

Le design des chronographes est modernisé, et à partir du début des années 1950, la marque Excelsior Park apparait de plus en plus sur les cadrans, alors qu’auparavant les cadrans étaient souvent anonymes.

 

1957

En 1964 Excelsior Park a obtenu un premier prix à l’Exposition Nationale Suisse à Lausanne, pour un compteur de productivité indiquant à la fois le temps de chaque opération et la durée accumulée du total des opérations [15]. 

 

Au début des années 1960, les ventes de chronographes suisses dans le monde sont en perte de vitesse. Avec l’appui de la Fédération Horlogère, les principaux fabricants de chronographes décidèrent alors de faire une campagne de promotion, renforcée par le lancement de nouveaux modèles [16]. Pour Excelsior Park, c’est le modèle Yachting qui est lancé. Ce chronographe, destiné au chronométrage des départs de régates, a la particularité d’avoir un compteur de minutes avec un zéro décalé pour mieux lire les 15 dernières minutes du départ.

La campagne de promotion eut un effet spectaculaire sur les ventes de chronographes suisses. Excelsior Park va alors lancer à partir de la fin des années 1960 une série de chronographes et de compteurs avec des modèles remarquables, comme le chronographe plongeur ou l’Excel-O-Graph.

 

1969

1971

Mais Excelsior Park ne résista pas à la « crise du quartz » qui a débuté en 1975. D’une part l’entreprise n’avait pas de chronographe automatique, et elle n’utilisa pas le Valjoux 7750 disponible à partir de 1973. D’autre part, trop petite, elle n’avait pas la possibilité de développer de modules chronographe à quartz. Les premières difficultés ont commencé avec la chute du dollar alors que le marché américain était le plus important [17]. Le marché des compteurs s’est ensuite tari, avec la forte concurrence des autres fabricants, Heuer en particulier, puis sont arrivés les compteurs à quartz qui ont signé la fin de l’entreprise.

L’entreprise ferme ses portes en 1983.

En 1984, Gallet-Guinand à La Chaux de Fonds récupère les compteurs, alors que les chronographes sont repris par Revue-Thommen [18].

 

La marque Excelsior Park est reprise par la société Flume en Allemagne, et de nombreux modèles de chronographes ont été lancés, avec des calibres Valjoux et Lémania.

 

1988

Mais cette reprise sera sans lendemain.

 

7. Principaux modèles de chronographes Excelsior Park

- Excelsior Park 12/13

Ce calibre de forme, lancé en 1938, a permis la réalisation de chronographes, souvent anonymes, intéressants à plus d’un titre. On remarque en effet que les échelles tachymétriques ou autres ne sont pas sur le cadran mais sur un réhaut, sous le verre, particularité ainsi décrite dans les publicités de 1938 : « pour faciliter la lecture du cadran sur ce petit chronographe, une partie de la division a été placée sur le réhaut incliné de la lunette, au-dessous de la glace. Cette invention brevetée permet en outre la transformation d'un chronographe télémètre, par exemple, en tachymètre ou pulsomètre et changeant simplement le réhaut de la lunette. »

Cette disposition, brevetée [19], peut aussi être combinée avec une lunette tournante.

 

Mais ce type d’indication sous le verre n’était pas une nouveauté. On trouve en effet cette particularité sur un brevet déposé en Suisse deux ans auparavant [20] par Henri Chevassus, horloger français à l’origine d’un rare chronographe de la marque CAR.

 

- Excelsior Park « Parachutiste »

 

Ce remarquable chronographe est décrit en détail ici.

- Excelsior Park Plongeur

Ce superbe chronographe, tout acier, avec lunette tournante, est appelé « chronographe-plongeur » par Excelsior Park (ref. 5415). Il a été lancé vers 1968. Il est surtout connu pour avoir été commercialisé par Girard-Perregaux, modèle Olimpico, mais on peut aussi le trouver sous les noms Excelsior Park et Zivy, société qui distribuait les compteurs et chronographes Excelsior Park en France.

Le calibre utilisé pour ce chronographe est le 42, avec compteur d’heures.

 

- Excel-O-Graph

 

Ce chronographe tout acier, lancé vers 1971, dispose d’une lunette tournante avec règle à calcul. Le mouvement est le calibre Excelsior Park 42.

 

Note : la marque a été réactivée au 21e siècle pour la réalisation de montres avec des pièces chinoises et suisses. Cette entreprise a d’ailleurs repris à son compte une partie de cet article : c’est un plagiat fait au mépris des droits d’auteur.

Remerciements : cet article a bénéficié des conseils avisés de Sébastien Chaulmontet. Pour les illustrations, remerciements particuliers à Sébastien Chaulmontet, Edi Zumbach, Klaus Zimmerman, Gerd-R. Lang, Christian Pfeiffer-Belli et Antoine Simonin. La plupart des documents d'archives ont été consultés au Musée International d'Horlogerie de La Chaux-de-Fonds. Remerciements particuliers à Jean-Michel Piguet pour son aide concernant l'iconographie au MIH.

 

[1] http://www.diju.ch/f/notices/detail/8111

[2] FOSC 1883

[3] FOSC 1886

[4] Brevet CH 3364

[5] FOSC 1893

[6] FOSC 1902

[7] FOSC 1901

[8] FOSC 1910

[9] FOSC 1912

[10] Revue Internationale de l'Horlogerie, 1922, pp. 345-346

[11] Brevet CH 100 230

[12] Brevet CH 207 550

[13] https://www.time2tell.com/fr/histoire-des-marques/26-la-veritable-histoire-de-perret-berthoud-manufacture-des-montres-universal-1ere-partie-l-historique.html

[14] FOSC 1939

[15] Journal Suisse d’Horlogerie, 1964, 3, p. 424

[16] Joël Pynson, La montre-bracelet suisse, Editions Time To Tell, 2024, pp. 303-308

[17] L’Impartial, 31 mars 1983, p. 15

[18] L’Impartial, 19 juin 1984, p. 7

[19] Brevet CH 207 550

[20] Brevet CH 192 885

 

Les archives de la Fédération Horlogère, du Davoine et de l’Impartial sont disponibles en ligne sur www.doc.rero.ch

Les archives du Journal Suisse d’Horlogerie, d’Europa Star, de la Revue Internationale d’Horlogerie et de la Suisse Horlogère sont disponibles sur The Watch Library

Le FOSC (Feuille Officielle Suisse du Commerce) est disponible sur E-periodica

Notes :

Concernant Time To Tell : Time To Tell dispose de l'une des plus grandes bases de données privées numérisées sur l'histoire de l'horlogerie suisse avec plus de 2,3 To de données sur plus de 1000 fabricants de montres suisses. Cette base a été construite sur une période d'une trentaine d'années et continue à être alimentée d'environ 50 à 100 Go de données chaque année. Cette base de données est constituée de documents anciens, en majorité des revues professionnelles suisses, allant de la fin du 19e siècle à la fin du 20e siècle. La plupart de ces documents ne sont pas disponibles sur l'Internet. Les articles historiques publiés sur le site time2tell.com citent toujours les sources utilisées.

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