La véritable histoire de la Fabrique d’horlogerie Electa

La véritable histoire de la Fabrique d’horlogerie Electa

Electa

D’origine américaine, ce qui n’est pas fréquent pour une fabrique d’horlogerie en Suisse, la Fabrique Electa a débuté son existence à Genève pour ensuite s’installer à La Chaux-de-Fonds, ce qui est également assez rare dans ce sens-là !

Description

Joel Pynson

Avril 2025

1. Du Massachussetts au canton de Genève

L’histoire d’Electa a commencé avec la célèbre American Waltham Watch Co., l’une des plus importantes fabriques de montres au monde à la fin du 19e siècle, Lorsque cette manufacture américaine décida de produire des montres compliquées, jusque-là chasse gardée des Suisses, elle fit appel à Henry-Alfred Lugrin, de la même famille que l’Alfred Lugrin à l’origine de Lémania, et à Prosper Nordmann, horloger originaire d’Alsace [1].

Lugrin a en effet déposé aux Etats-Unis de nombreux brevets sur des calibres chronographes permettant une fabrication en grande série, et Nordmann en a organisé la production en 1876.

Peut-être parce que ces chronographes n’eurent pas le succès escompté aux Etats-Unis, Prosper Nordmann en transféra la fabrication à Genève, Pour cela, il a créé à Genève, en 1890, la société Prosper Nordmann [2], et l’année d’après la société Timing and Repeating Watch Co. [3].

Les montres sont fabriquées à Genève dans la Fabrique de St Jean qui occupe une cinquantaine de personnes en 1896.

La Timing and Repeating commercialise des chronographes qui sont vendus en Angleterre, et en Suisse par Schwob Frères, la société associée à la Tavannes Watch.

1892

1894

En 1897, Prosper Nordmann s’installe à Paris, et la société genevoise devient une succursale sous le nom de Société d’Horlogerie de Genève [4].

En 1900, la Société d’Horlogerie de Genève dépose la marque Electa, et la société est profondément remaniée : ouverture d’un bureau de vente à La Chaux-de-Fonds, et surtout Prosper Nordmann quitte ses fonctions, remplacé par Jules Grumbach, fabricant de La Chaux-de-Fonds. [5].

1900

Finalement la société est transférée à La Chaux-de-Fonds en 1902, sous le nom de Société d’horlogerie Electa [6].

2. Electa à La Chaux-de-Fonds

Toutes les machines de la fabrique de Genève sont transférées à La Chaux-de-Fonds et installées dans de vastes bâtiments, dont une partie d’ailleurs servait déjà au remontage des mouvements produits à Genève [7].

1902

L’organisation de l’usine est par ailleurs assez différente de qu’on voyait habituellement à cette époque. En effet, les salles étant très vastes, l’ensemble des opérations (ébauches, remontage, réglage) est réalisé dans la même salle, et les poulies, nécessaires au fonctionnement des machines, ne sont pas comme d’habitude fixées au plafond, mais supportées par des poteaux répartis dans la salle.

Pour rationaliser la production, seuls un petit nombre de calibres sont produits, avec une montée en gamme, comme le montre la fabrication du chronographe double face Mensor, breveté par la maison Ch. Amez-Droz et Co. à Genève et fabriqué par Electa à La Chaux de Fonds [8].

1903

En 1907, peut-être à cause de difficultés financières de l’entreprise, la Société d’Horlogerie Electa est reprise par Gallet & Co. qui devient dès lors Gallet & Co., Fabrique d’horlogerie Electa [9].

La maison Gallet & Co., dont les origines remontent à 1826, était alors dirigée par Georges-Léon et Julien-Louis Gallet. Grâce à des liens familiaux, c’était une société très active à l’international, en particulier aux Etats-Unis et en Asie.

La fabrique Electa devient alors la « manufacture » de Gallet. Le nombre de calibres est augmenté, mais la production des chronographes « type Nordmann » est arrêtée. Le chronographe de poche reste toutefois une spécialité de l’entreprise, et sous des marques diverses, comme Electa, Jerome Park ou National Park, Gallet commercialise des chronographes avec des calibres d’origine diverses, comme les Fils de Jeanneret-Brehm, Minerva, Le Coultre ou Breitling.

1912

Ebauche Le Coultre

En 1912, l’entreprise devient une société anonyme sous le nom Fabrique d’horlogerie Electa, Gallet & Co. SA [10].

Au début de la 2e Guerre mondiale, Electa-Gallet commence la production de montres-bracelets. La marque Galco est déposée en 1916.

1914

1915

La montre-bracelet devient dès lors une spécialité de l’entreprise, avec une gamme de plus en plus grande de montres pour les militaires, y compris de chronographes-bracelets.

1918

1920

c. 1918

c. 1918

Mais les années d’après-guerre sont des années de crise pour l’industrie horlogère suisse et Electa-Gallet n’y échappe pas.

En 1924, l’entreprise est en sursis concordataire, l’usine et toutes ses machines doivent être mise en vente.

1924

1927

La Fabrique d’Horlogerie Electa, Gallet & Co. SA disparait en 1928 [11].

Certaines marques, dont Electa, sont reprises par la maison anglaise Rotherham and Sons.

 

[1] Joël Pynson, Les chronographes américains et leurs liens avec la Suisse, Chronométrophilia, 2016, 79, pp. 115-129

[2] FOSC 1890

[3] FOSC 1891

[4] FOSC 1897

[5] FOSC 1901

[6] FOSC 1902

[7] Revue Internationale de l’Horlogerie, 1902, 11, pp. 562-564

[8] Revue Internationale de l’Horlogerie, 1902, 11, p. 567

[9] FOSC 1907

[10] FOSC 1910

Les archives de la Fédération Horlogère, du Davoine et de l’Impartial sont disponibles en ligne sur www.doc.rero.ch

Les archives du Journal Suisse d’Horlogerie, d’Europa Star, de la Revue Internationale d’Horlogerie et de la Suisse Horlogère sont disponibles sur The Watch Library

Le FOSC (Feuille Officielle Suisse du Commerce) est disponible sur E-periodica

Notes :

Concernant Time To Tell : Time To Tell dispose de l'une des plus grandes bases de données privées numérisées sur l'histoire de l'horlogerie suisse avec plus de 2,3 To de données sur plus de 1000 fabricants de montres suisses. Cette base a été construite sur une période d'une trentaine d'années et continue à être alimentée d'environ 50 à 100 Go de données chaque année. Cette base de données est constituée de documents anciens, en majorité des revues professionnelles suisses, allant de la fin du 19e siècle à la fin du 20e siècle. La plupart de ces documents ne sont pas disponibles sur l'Internet. Les articles historiques publiés sur le site time2tell.com citent toujours les sources utilisées.

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