La véritable histoire des montres Helvétia

La véritable histoire des montres Helvétia

Helvétia

Créée par les dirigeants d’Omega en 1895, la société La Générale, montres Helvétia, a eu une histoire mouvementée. Elle fut vers 1908 l’une des premières sociétés suisses à produire des montres-bracelets pour homme, et a ensuite participé activement à l’évolution technique de la montre suisse, que ce soit dans le domaine des montres étanches, des montres automatiques, des antichocs ou du chronographe.

Description

Joël Pynson

Mars 2025

1. Création à la Chaux-de-Fonds et déménagement à Bienne

« Une nouvelle entreprise horlogère qui, selon toutes probabilités, prendra un développement considérable, vient de se fonder à la Chaux-de-Fonds. Mrs Louis Brand & frère, fabrique d’horlogerie à Bienne et Mr Ed. Boillat & Cie, manufacture d’ébauches et usine métallurgique à Reconvillier, ont fondé une société anonyme qui reprend la suite des affaires d’horlogerie du Comptoir de la Chaux-de-Fonds de Mrs L. Brand et frère. La nouvelle maison qui prend le titre de « La Générale », profitera des forces combinées des fabrique d’horlogerie et usines métallurgiques de ses fondateurs, pour offrir à la clientèle tous les genres de montres de poche. »

C’est ainsi que fut annoncé en 1895 la création de la société La Générale [1]. L’objectif des frères Brandt était en fait d’élargir la gamme de leur production avec une montre de bonne qualité mais en dessous des standards d’Omega, pour un prix qui la rendrait abordable aux classes moyennes [2]. L’association avec Edouard Boillat permettait d’utiliser les capacités de fabrication d’ébauches de l’usine de Reconvilier.

Les bureaux de La Chaux-de-Fonds étaient destinés à la vente. Pour la fabrication il fallait trouver plus grand, ce qui explique dès 1897 le déménagement à Bienne pour le lancement des montres à ancre Helvetia et des montres à cylindre Gurzelen, deux marques qu’avait déposées Omega en 1892.

1904

1906

Le décès des frères Brandt en 1903 entraîne une réorganisation de la société avec l’arrivée de Charles Bonny qui va diriger l’entreprise jusqu’en 1935. Omega va alors progressivement se désengager de La Générale, ce qui sera définitivement acté en 1911 [3].

La Générale a été l’une des premières fabriques suisses à commercialiser des montres-bracelets pour homme, dès 1908.

1908

1911

Dès 1916, La Générale utilise le radium pour ses cadrans et dépose deux autres marques pour des montres de poche ancre de qualité inférieure à la gamme Helvétia : Orta et Paradox. La montre-bracelet est désormais une spécialité de l’entreprise.

1916

1918

En 1929, La Générale a déposé un brevet [4] sur un « dispositif amortisseur de chocs pour axe de balanciers de montres ». C’est l’une des premières sociétés suisses à avoir utilisé un antichoc, après Eterna et Election. Il s’agissait d’un système classique avec ressort de contre-pivot en étoile, actif pour les chocs axiaux. Il a été utilisé dès 1930 pour les montres Helvétia et est resté le seul « pare-choc » de la société jusqu’aux années 1940. Par la suite, les montres Helvétia ont été munies d’antichocs Incabloc.

1929

À partir des années 1930, Charles Bonny et son directeur technique Lucien Chappuis vont donner une nouvelle impulsion à la manufacture. La marque Helvetia s’impose au détriment des autres, et les nouveaux modèles vont se succéder :

- en 1931 apparaissent les premières montres-bracelets étanches,

- en 1932 des montres à heure sautante, des montres quantième grande date, et les premiers chronomètres soumis au bureau de contrôle de Bienne.

1932

1931

1932

Charles Bonny décède en 1935, c’est alors Fritz Buser, qui avait fait ses classes à la manufacture Thommen à Waldenburg et qui était entré chez Helvétia en 1914, qui devient directeur [5].

1936

1940

1935 est aussi l’année du lancement de la célèbre montre d’aviateur Helvétia. Il s’agit d’une montre-bracelet de grand diamètre munie d’une lunette tournante avec un index pour marquer un temps déterminé. Le calibre manufacture était de 16 lignes.

En 1939, La Générale lance ses premières montres rectangulaires étanches, et à la Foire de Bâle une montre fait sensation [6] : il s’agit d’une montre de poche transparente : platine, ponts et coqueret sont réalisés en verre incassable donnant l’impression que toutes les pièces métalliques sont suspendues dans le vide.

1939

1939

1940

C’est vers 1940 que sont apparus les premiers chronographes Helvétia. En tant que manufacture et du fait du statut horloger, l’entreprise ne pouvait pas utiliser les calibres chronographes du trust Ébauches SA (Vénus et Landeron). C’est pourquoi on trouve des mouvements Valjoux, Valjoux n’ayant intégré le trust qu’en 1944.

En 1941 Helvétia a décidé de lancer ses propres chronographes avec des calibres maison, et a déposé deux brevets à ce sujet [7]. Il s’agissait en fait de chronographes simplifiés n’ayant pas l’ensemble des 3 fonctions, départ, arrêt remise à zéro.

1941

La première de ces montres est l’Helvétia Stop. C’est une montre « stop-en-vol », c’est-à-dire que l’aiguille centrale est toujours en mouvement, et qu’elle peut être soit arrêtée par un premier poussoir, soit remise à zéro par un deuxième poussoir, mais l’aiguille reprend sa course dès que l’appui sur le poussoir cesse.

La deuxième est l’Helvétia Sport. C’est une montre « Chrono-Stop » dont l’un des poussoirs permet de démarrer les aiguilles compteur de minutes et d’heures, et l’autre poussoir permet la remise à zéro, mais sans pouvoir arrêter les aiguilles.

En 1949, Hans Freuler devient président du conseil d’administration et la société devient Montres Helvétia, Société d’Horlogerie La Générale [8].

L’année d’après Helvétia sort une montre à heures universelles, mais curieusement il s’agit d’une montre de poche, alors que le brevet décrit bien une montre-bracelet.

Helvétia a lancé assez tardivement sa première montre automatique, en 1950. Le calibre maison, Helvétia 836, était toutefois moderne avec rotor tournant sur 360° et 40h de réserve de marche.

1954

En 1954 a lieu un évènement important pour l’entreprise : l’arrivée au conseil d’administration de Jean-Victor Degoumois, le dynamique patron de la société Degoumois & Co., montres Avia [9].

C’est en fait le début d’une prise de pouvoir dans l’entreprise, Jean-Victor Degoumois et Max Lohner en prenant le contrôle en 1961 [10].

Jean-Victor Degoumois prend aussi le contrôle de la Société Horlogère Reconvilier en 1951, et entre au conseil d’administration de Fleurier Watch en 1958 [11].

1961

1941

En 1968, Degoumois & Cie et Helvétia intègrent la Société des Garde-Temps (SGT), avec Fleurier Watch, William Mathez, Silvana et Eugène Vuilleumier [12].

2. Helvétia et la SGT

Le groupe SGT grandit très vite. Il est rejoint par Solvil & Titus en 1969, puis par Invicta, Sandoz et Waltham en 1970. Il est alors au 3e rang des groupe horlogers suisses [13].

Le nombre d’entreprises et de marques devenant important, des mesures de rationalisation sont mises en place. Ainsi, en 1971 le siège social d’Helvétia est transféré à Tramelan, et en 1972 la société devient Montres Helvetia SA [14].

Helvetia profite de la rationalisation de la production de montres et sort de nouveaux modèles, comme la montre de plongée Miami Beach, avec profondimètre, en 1970, ou la montre automatique Beatmaster en 1971, dont il existe une version identique chez Waltham.

Le groupe lance également à partir de 1974 des montres à quartz analogiques, puis à affichage numérique deux ans plus tard. Mais la « crise du quartz » avec la chute du prix des montres à quartz américaines et la forte augmentation du franc suisse frappent durement le groupe.

1974

1976

En 1979, le groupe SGT tente une réorganisation de ses marques avec Helvetia et Waltham dans le haut de gamme, Sandoz, Silvana, Avia et Elgin dans le milieu de gamme, et Tell dans la montre économique [15].

Mais les chiffres de vente continuent à décroitre, et le groupe SGT est déclaré en faillite en 1981 [16].

3. Montres Helvetia SA

La société Montres Helvetia ne disparait pas pour autant. Plusieurs dirigeants se succèdent à Tramelan, et en 1992, Suzanne Forstinger, de Vienne en Autriche, devient présidente du conseil d’administration. La société est transférée l’année d’après à Zurich [17], où elle se trouvait toujours au début du 21e siècle, sans toutefois que des montres soient produites.

 

[1] La Fédération Horlogère, 8 août 1895, p. 360

[2] Revue Internationale d’Horlogerie, 1945, 11, pp. 9-15

[3] Marco Richon, Omega Saga, édité par Omega, 1998, p. 21

[4] Brevet CH 143 073

[5] Revue Internationale d’Horlogerie, 1945, 11, pp. 9-15

[6] Revue Internationale d’Horlogerie, 1939, 9, p. 135

[7] Brevets CH 215 711 et CH 216 464, le dernier étant co-signé Lucien Chappuis

[8] FOSC 1949

[9] FOSC 1953

[10] FOSC 1961

[11] FOSC

[12] FOSC 1968

[13] Voir SGT

[14] FOSC 1971 et 1972

[15] La Suisse Horlogère, 1979, 4, p. 50

[16] L’Impartial, 12 février 1981, p. 3

[17] FOSC 1993

Les archives de la Fédération Horlogère, du Davoine et de l’Impartial sont disponibles en ligne sur www.doc.rero.ch

Les archives du Journal Suisse d’Horlogerie, d’Europa Star, de la Revue Internationale d’Horlogerie et de la Suisse Horlogère sont disponibles sur The Watch Library

Le FOSC (Feuille Officielle Suisse du Commerce) est disponible sur E-periodica

Notes :

Concernant Time To Tell :

Time To Tell dispose de l'une des plus grandes bases de données privées numérisées sur l'histoire de l'horlogerie suisse avec plus de 2,3 To de données sur plus de 1000 fabricants de montres suisses. Cette base a été construite sur une période d'une trentaine d'années et continue à être alimentée d'environ 50 à 100 Go de données chaque année. Cette base de données est constituée de documents anciens, en majorité des revues professionnelles suisses, allant de la fin du 19e siècle à la fin du 20e siècle. La plupart de ces documents ne sont pas disponibles sur l'Internet. Les articles historiques publiés sur le site time2tell.com citent toujours les sources utilisées.

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