La véritable histoire des montres Eska et Royce

La véritable histoire des montres Eska et Royce

Eska

Oubliées aujourd’hui, les montres Eska étaient pourtant extrêmement originales, aussi bien les montres pour homme que les superbes montres-bijoux pour femmes. L’entreprise a été l’une des nombreuses victimes de la « crise du quartz » à la fin des années 1980.

Description

Joël Pynson

Mai 2025

1. Entre Selzach et Granges

Silvain Kocher et son fils Erwin ont créé leur fabrique d’horlogerie S. Kocher & Co. à Selzach en 1918 [1].

En 1924, Silvain Jr., fils de Sylvain rejoint son père et son frère.

La situation économique n’est pas très favorable mais l’entreprise résiste et se spécialise dans la petite montre-bracelet joliment décorée, avec de petits calibres d’excellente qualité. La marque Eska (pour Sylvain Kocher) apparait sur les cadrans.

1931

Le succès de l’entreprise est également lié à sa forte présence à l’international, grâce à deux fils de Sylvain père : Edgar qui installe une succursale en Amérique du Sud, et Walter qui fait de même aux Etats-Unis [2].

En 1934, Sylvain père se retire de l’entreprise, et en 1937 la société déménage son siège social et s’installe à Granges [3].

2. Eska à Granges

Granges est un centre économique bien plus important que Selzach, et Eska va connaitre alors une forte expansion, d’autant plus que la situation économique redevient favorable.

Le nombre de modèles que va lancer Eska à la fin des années 1930 est impressionnant : montres pour homme, pour dames, chronographes, y compris des modèles étanches dès 1938, montres automatiques, parmi les premières lancées en Suisse. Certaines montres ont des formes de boîtes extraordinaires.

1938

1939

1939

1941

1944

Après la deuxième Guerre mondiale, Eska va se faire remarquer également grâce à de superbes montres-bijoux pour dame.

1943

1948

1947

Les frères Kocher n’utilisaient pas que la marque Eska. À l’international, leurs montres pouvaient être marqués Protex et surtout Royce, marque que l’entreprise détenait depuis 1935 [4].

De nouvelles montres automatiques sont lancées en 1949, et entre 1952 et environ 1954, Eska va lancer de superbes montres automatiques avec cadran en émail cloisonné.

1949

Crédit Bonhams

1956

A la fin des années 1950, Eska va s’intéresser à la montre de plongée avec un rare modèle Amphibian, doté d’une réserve de marche.

Avec la fin du statut horloger au début des années 1960, beaucoup de fabricants suisses se sont regroupés pour faire face à la concurrence.

Eska a rejoint en 1965 le groupe Sagiter avec plusieurs autres entreprises comme Sandoz, Invicta, Technos ou Rado [5]. Dans le même temps, la marque Eska est de moins en moins utilisée, au profit de la marque Royce.

3. Les années Royce

Le lancement de nombreux nouveaux modèles se poursuit mais c’est en effet désormais la marque Royce qui est mise en avant.

1967

1970

1969

En 1970, la fabrique lance une gamme amphibian de montres avec boitiers et bracelets en matière plastique, parmi les premières en Suisse. Même chose en 1973 avec la gamme Mexico.

1970

1973

En 1975, l’entreprise rejoint le groupe Horelec avec le but de se lancer dans la montre à quartz, mais c’est finalement la branche électronique d’ETA qui fournira des modules quartz à S. Kocher & Co.

1981

Erich Kocher tentera de relancer Eska au début des années 1980 en misant sur des stars du cinéma, et même des copies de la Reverso de Jaeger LeCoultre, ce qui signifie en général une piètre opinion de ses propres produits.

L’entreprise fait faillite en 1986.

En 2022, la marque Eska a été relancée en France : https://eska-watches.fr/en

 

[1] FOSC 1918

[2] Journal Suisse d’Horlogerie, 1943, 11-12, pp. 337-338

[3] FOSC 1937

[4] La marque avait été initialement déposée par Jules Gubler de La Chaux-de-Fonds (FOSC)

[5] FOSC 1965

Notes :

Concernant Time To Tell :

Time To Tell dispose de l'une des plus grandes bases de données privées numérisées sur l'histoire de l'horlogerie suisse avec plus de 2,3 To de données sur plus de 1000 fabricants de montres suisses. Cette base a été construite sur une période d'une trentaine d'années et continue à être alimentée d'environ 50 à 100 Go de données chaque année. Cette base de données est constituée de documents anciens, en majorité des revues professionnelles suisses, allant de la fin du 19e siècle à la fin du 20e siècle. La plupart de ces documents ne sont pas disponibles sur l'Internet. Les articles historiques publiés sur le site time2tell.com citent toujours les sources utilisées.

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