La véritable histoire des montres Marvin

La véritable histoire des montres Marvin

Marvin

Cette belle manufacture suisse, particulièrement créative des années 1930 aux années 1950, a connu des temps difficiles à la fin du 20e siècle. Elle existe encore aujourd’hui.

Description

Joël Pynson

Avril 2025

1. Création à St Imier

Venus d’Alsace, Marc et Emmanuel Didisheim ont créé leur comptoir d’horlogerie à St Imier en 1850 [1]. Ensuite, ce sont Albert, Edgar et Charles Didisheim qui dirigent l’entreprise, d’abord sous le nom M. & E. Didisheim, puis, en 1889, sous le nom Albert Didisheim et frères [2].

Grâce au réseau familial, l’entreprise a des relations fructueuses avec les Etats-Unis. Comme beaucoup d’entreprises de St Imier, Albert Didisheim et frères s’intéressent au chronographe et déposent en 1892 un brevet sur un système de compteur instantané [3]. On peut trouver ainsi aux Etats-Unis des chronographes The Nassau dont le mouvement porte la signature de l’entreprise.

En 1893, la société dépose le nom The Marvin Watch.

Mais les frères Didisheim ont une ambition : créer une manufacture et ainsi disposer de leurs propres mouvements. Pour cela, ils vont déménager à La Chaux-de-Fonds.

2. La manufacture Marvin

Albert et Edgar Didisheim s’installent à La Chaux-de-Fonds en 1894 [4], mais Edgar décède en 1895 et l’entreprise prend alors le nom Henri Albert Didisheim [5].

La situation économique est favorable et l’entreprise grossit rapidement. De nombreux calibres ancre sont développés, de sorte qu’en 1905 la société devient la Fabrique Marvin [6]. Dès cette année-là, Marvin développe des montres-bracelets.

1905

1906

1912

En 1917, les trois fils d’Henri Albert, Marc, René et Jean-Louis, prennent la suite de l’entreprise sous le nom Fils de H. A. Didisheim, Fabrique Marvin [7]. Une succursale est ouverte à Reconvilier la même année.

1919

Marvin est devenue une manufacture importante de La Chaux-de-Fonds. Une extension a été construite à côté des bâtiments d’origine, et l’usine est dotée de matériels modernes.

La crise qui fait suite à la Première Guerre Mondiale va toucher Marvin comme toutes les entreprises de la région. La succursale de Reconvilier est fermée, mais les dirigeants ne se découragent pas et décident de moderniser leur outil de travail. Pour cela ils sont pragmatiques : plutôt que de dépenser beaucoup de temps et d’énergie à faire un développement interne, ils prennent des licences de fabrication auprès de Tavannes Watch Co. à Tavannes, qui a mis au point des techniques remarquable de fabrication des ébauches [8].

À l’Exposition Internationale de Barcelone en 1929, Marvin expose toute la palette de son savoir-faire.

1929

Avec l’amélioration des conditions économiques au milieu des années 1930, Marvin va connaître une période d’inventivité extraordinaire avec un florilège de nouveaux modèles : Gyroplan en 1934, montre-pneu et montre aviateur en 1937, montre Motorist et montre rectangulaire étanche en 1938, premiers chronographes-bracelets en 1939, etc.

1931

1934

1939

En 1941 l’entreprise devient une société anonyme sous le nom de Compagnie des Montres Marvin SA [9]. La deuxième Guerre Mondiale ne freine pas l’entreprise qui lance de nombreux nouveaux calibres, et de nombreux nouveaux modèles comme La Luciole en 1941, et les premières montres automatiques Marvin en 1944.

1941

1944

Jean Didisheim décède accidentellement en 1944, et c’est un représentant de la nouvelle génération, Pierre Didisheim, qui entre dans l’entreprise [10].

En 1950, Marvin fête le centenaire de son existence. L’usine s’est modernisée, en particulier grâce aux compétences de son directeur technique, Albert Boillod.

À cette occasion, Marvin lance des modèles « Centenaire » : montres simples avec bulletin de chronomètre et montres calendrier Autodate.

1950

En 1952, c’est Raymond Didisheim qui entre dans l’entreprise [11].

Dès 1953, Marvin a utilisé les premiers ressorts moteurs « incassables ». La mise au point d’alliages spéciaux avait en effet permis en 1952 la commercialisation du ressort Vimetal, présenté comme inoxydable et incassable. D’autres ressorts de ce type, comme le Nivaflex et l’Isoflex seront commercialisés peu après [12].

1953

C’est en 1956 que Marvin a lancé sa montre la plus emblématique : la Flying Dutchman, présentée comme la montre officielle de la compagnie aérienne néerlandaise KLM. Les hôtesses de cette compagnie aérienne avaient également reçu une montre clip qu’elles pouvaient fixer à leur uniforme.

1956

Les années 1960 sont des années fastes pour l’horlogerie suisse avec le lancement de nombreux modèles appréciés du public, en particulier les montres automatiques et les montres étanches. Curieusement Marvin va choisir une autre voie : celle de la montre élégante, plate, à remontage manuel.

Pour cela Marvin va lancer plusieurs nouveaux calibres, comme le 620 de 10,5 lignes (23,40 mm) et 3,60 mm d’épaisseur en 1960, et le 515 également de 10,5 lignes, mais d’une épaisseur de seulement 2,70 mm en 1962. Cela permettra par exemple le lancement des chronomètres Victory en 1963.

1960

1965

En 1965, Marvin lance des chronomètres automatiques Victory, et en 1967, Pierre Didisheim entre au conseil d’administration de l’entreprise Jaquet-Girard [13].

Cela permettra à Marvin de lancer le modèle Airvac 400 qui est un fait le même que l’Airvac 800 de Jaquet-Girard.

1967

1968

3. L’expérience américaine

C’est aussi au début des années 1960 que le Statut Horloger, qui protégeait l’horlogerie suisse, a été progressivement abandonné, autorisant des entreprises étrangères à racheter des fabricants suisses.

C’est ce qui explique le rapprochement de Marvin et Ulysse Nardin en 1970. Mais en fait il ne s’agissait pas exactement d’un rapprochement mais bien d’un rachat.

À cette époque, Ulysse Nardin était en effet détenu majoritairement par la société américaine Benrus. En 1970, cette participation a été reprise par une société d’investissement américaine qui a également pris le contrôle de Marvin [14].

Cette expérience s’avèrera catastrophique. En 1971, Marvin cesse la production d’ébauches, et il ne reste plus que 36 personnes dans l’entreprise [15]. Les beaux locaux de Marvin à La Chaux-de-Fonds sont repris par la société Portescap en 1972.

4. Intégration dans les Manufactures Suisses Réunies (MSR)

Raymond Didisheim va alors racheter les parts de Marvin, ce qui va permettre l’intégration de la société dans le groupe des Manufactures Suisses Réunies (MSR) [16].

MSR a été créé en 1961 par le regroupement de Revue Thommen, Vulcain, Phénix et Buser Frères [17]. C’est un groupe conséquent : avec ses 760 salariés il a une capacité de production de plus de 600 000 montres/an [18]. Toutes les ébauches sont désormais fabriquées chez Revue Thommen, mais chaque fabrique a sa propre stratégie et ses propres services de vente.

1976

MSR tentera en 1974 de sortir son propre calibre quartz, mais la forte concurrence des montres à quartz américaines et asiatiques fragilisera le groupe. En 1984 Phénix cesse toute activité, et en 2000 Marvin est transférée chez Revue Thommen à Waldenburg [19].

5. Relance

En 2002, la société suisse Time Avenue reprend la marque Marvin et la relance en 2007 avec des montres automatiques et des montres à quartz.

2009

Chronographe Sébastien Loeb

En 2014 Marvin a été reprise par son distributeur en Chine. L’entreprise est toujours active : http://www.marvinwatches.com/

Un article sur les principaux modèles de montres Marvin se trouve ici.

 

[1] Journal Suisse d’Horlogerie, 1950, 7-8 pp. 226-229

[2] FOSC 1889

[3] Brevet CH 5 443

[4] FOSC 1894

[5] FOSC 1895

[6] FOSC 1905

[7] FOSC 1917

[8] FOSC 1922

[9] FOSC 1941

[10] FOSC 1944

[11] FOSC 1952

[12] Joël Pynson, La montre-bracelet Suisse, Editions Time To Tell, 2024, pp. 188-189

[13] FOSC 1967

[14] L’Impartial, 22 janvier 1970, p. 3

[15] L’Impartial, 1er novembre 1971, p. 1

[16] L’Impartial, 5 juin 1973, p. 3

[17] La Suisse Horlogère, édition hebdomadaire, 1961, 37, p. 824

[18] Journal Suisse d’Horlogerie, 1962, 1, p. 6

Notes :

Concernant Time To Tell : Time To Tell dispose de l'une des plus grandes bases de données privées numérisées sur l'histoire de l'horlogerie suisse avec plus de 2,3 To de données sur plus de 1000 fabricants de montres suisses. Cette base a été construite sur une période d'une trentaine d'années et continue à être alimentée d'environ 50 à 100 Go de données chaque année. Cette base de données est constituée de documents anciens, en majorité des revues professionnelles suisses, allant de la fin du 19e siècle à la fin du 20e siècle. La plupart de ces documents ne sont pas disponibles sur l'Internet. Les articles historiques publiés sur le site time2tell.com citent toujours les sources utilisées.

Time To Tell est une société privée, indépendante de tout fabricant d'horlogerie.

©Time To Tell, 2025

Reproduction interdite sans autorisation.

Toute utilisation de cet article par une intelligence artificielle est strictement interdite et sera considérée comme une atteinte aux droits d’auteur.

Détails du produit

Product added to wishlist

Nous utilisons des cookies afin de fournir une expérience utilisateur conviviale. En naviguant sur ce site, vous acceptez la politique d'utilisation des cookies.