La véritable histoire des montres Juvenia

La véritable histoire des montres Juvenia

Juvenia

Cette belle manufacture de La Chaux-de-Fonds a su créer tout au long de son histoire des modèles remarquables et d’une créativité étonnante. Longtemps gérée par la famille Didisheim, elle fait aujourd’hui partie d’un groupe chinois de Hong Kong.

Description

Joël Pynson

Juillet 2025

1. La dynastie Didisheim

Jacques Didisheim a créé sa fabrique d’horlogerie à La Chaux-de-Fonds en 1860. En 1883, il est associé à Georges Sauser sous le nom Didisheim-Goldschmidt & Cie [1].

En 1888, son fils Bernard entre dans l’entreprise. Il y restera jusqu’à sa mort en 1960 !

L’année d’après, Jacques décède, et c’est sa veuve Fanny, née Goldschmidt, et son fils Jacques qui prennent la suite [2].

La marque Juvenia est déposée en 1906, et l’année d’après l’entreprise devient la Fabrique d’Horlogerie Juvenia [3].

Juvenia fabrique des montres de grande qualité, montres de poche, montres-bracelets, complications, etc. Plusieurs marques sont utilisées comme Fiat et Nautilus, la marque Juvenia étant réservées aux montres de précision « extra-plates ».

1913

1919

À l’Exposition Nationale de Berne, en 1915, Juvenia a présenté une montre extraordinaire de seulement 4 lignes (9,0 mm) [4].

Après la première Guerre mondiale, Juvenia se diversifie dans les machines-outils et les pendulettes.

1921

1921

En 1926, Philippe-Jacques, fils de Bernard, entre dans l’entreprise [5]. Juvenia va alors entrer dans une phase de créativité extraordinaire : pendulettes et montres de poche, richement décorées, montres sans aiguille, montres de sac, montres extra-plates, montres-bijoux, montres-broches, etc.

1929

1937

À partir des années 1930, Juvenia va donner des noms à ses nombreux modèles, et certains vont devenir emblématiques de la marque, en particulier le modèle Mystère qui a été produit pendant près de 40 ans. Les premières montres étanches avec fond vissé sont lancés vers 1941, et des chronomètres avec bulletin de contrôle (modèle Trophée) vers 1944. C’est un bureau parisien qui prend en charge le design de la plupart des modèles [6].

1941

1941

1943

1943

1943

1947

1947

Après la deuxième Guerre Mondiale, les modèles se succèdent : Juvenia Arithmo en 1945, Ephemeris et Cabochon en 1950, et de jolies montres-bracelets pour dames.

1953

1954

Les années 1950 sont riches en nouveaux modèles : Trigone en 1955, une montre-bracelet réveil en 1956, les modèles Planète et Sextant la même année, et la gamme Slim en 1957.

1955

1957

Bernard Didisheim décède en 1960. Philippe-Jacques et son fils Jean-François Didisheim prennent alors la suite sous le nom de Fabrique Juvenia, Petit-fils de Didisheim-Goldschmidt [7].

Malheureusement Jacques Didisheim meurt en 1965. Ses fils Jean-François et Raymond Olivier, et sa veuve Suzanne, prennent la suite de l’entreprise [8].

C’est au début des années 1960 que la concurrence étrangère est devenue de plus en plus importante pour ‘horlogerie suisse. Faute de pouvoir produire des montres en grande quantité, Juvenia s’est spécialisée dans la montre de luxe favorisant les métaux précieux.

1966

De surcroit, Jean-François Didisheim, l’aîné des fils de Jacques, s’installe aux Etats-Unis [9]. En 1972, l’entreprise devient Juvenia Horlogerie de Précision SA et elle est alors gérée par Francis Schaad [10].

En 1975 Juvenia créé la société Ampho à La Chaux-de-Fonds [11]. C’est une diversification dans le domaine des traitements de surface par polissage électrolytique [12].

1976

1977

Mais Juvenia traverse une période difficile : beaucoup de fabricants se sont lancés dans la montre de luxe et il devient difficile de se différencier. De plus, la « crise du quartz » s’installe avec de surcroit un franc suisse qui ne cesse de grimper par rapport aux autres devises.

En 1981, l’entreprise est rachetée par Pierre-Alain Blum, le dynamique patron d’Ebel dont l’entreprise est en pleine croissance [13].

2. De La Chaux-de-Fonds à Hong Kong

L’entreprise est renommée Juvenia Horlogerie de Precision avec Francis Schaad comme directeur. Quelques modèles de montres à quartz sont lancés, mais Juvenia est loin d’être la priorité pour Ebel, et la marque est mise en sommeil.

En 1988, Juvenia passe sous pavillon chinois et est rachetée par Asia Commercial Holdings [14] qui possède déjà la marque Leonard.

1991

1994

La marque est relancée avec une orientation vers le luxe : quantième perpétuel squelette en 1991, montres automatiques squelette en or, et les modèles Planète et Mystère sont relancés avec des designs très différents des originaux.

En 1994, l’entreprise devient Juvenia Montres [15].

Mais le succès n’est pas au rendez-vous. En 1997 la marque est mise en stand-by [16] pendant une période de 3 ans. En 2000 elle est à nouveau relancée, sous la direction de Martial Leuba. De nouveaux modèles des montres Slim, Sextant, Planete, sont présentés, avec des designs plus conformes aux originaux. Des modèles originaux, comme la montre Contresens dont les aiguilles tournent dans le sens anti-horaire, sont également lancés, ainsi que des montres-bijoux.

2001

2006

Mais Juvenia se concentre sur le marché asiatique.

La marque existe toujours aujourd’hui, et elle appartient toujours à Asia Commercial Holdings, qui possède également les marques Ball Watch et Wakman.

Site actuel de Juvenia : https://www.juvenia.ch/

Un article sur les principaux modèles de montres Juvenia se trouve ici.

{1] FOSC 1883

[2] FOSC 1889

[3] FOSC 1907

[4] Revue Internationale d’Horlogerie, 1915, 1, p. 31

[5] FOSC 1926

[6] Communication personnelle de Martial Leuba, alors directeur de Juvenia Montres SA, en septembre 2004

[7] FOSC 1961

[8] FOSC 1965

[9] FOSC 1968

[10] FOSC 1972

[11] FOSC 1975

[12] La Suisse Horlogère, édition hebdomadaire, 1981, 11, pp. 5-7

[13] FOSC 1981

[14] Revue de la Fédération Horlogère, 1989, 7, p. 33

[15] FOSC 1994

[16] Revue de la Fédération Horlogère, 1997, 9, p. 25

Notes :

Concernant Time To Tell : Time To Tell dispose de l'une des plus grandes bases de données privées numérisées sur l'histoire de l'horlogerie suisse avec plus de 2,5 To de données sur plus de 1000 fabricants de montres suisses. Cette base a été construite sur une période d'une trentaine d'années et continue à être alimentée d'environ 50 à 100 Go de données chaque année. Cette base de données est constituée de documents anciens, en majorité des revues professionnelles suisses, allant de la fin du 19e siècle à la fin du 20e siècle. La plupart de ces documents ne sont pas disponibles sur l'Internet. Les articles historiques publiés sur le site time2tell.com citent toujours les sources utilisées.

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