La véritable histoire de Felca et Titoni

La véritable histoire de Felca et Titoni

Titoni

Titoni est l’une des rares fabriques d’horlogerie suisse à être toujours entre les mains de la famille de son créateur. Et de nombreux modèles remarquables ont jalonné sa longue histoire.

Description

Joël Pynson

Août 2025

1. De Felco à Felca

Selon l’histoire officielle, Fritz Schluep a créé un petit atelier d’horlogerie à Granges en 1919 [1]. Il enregistre l’entreprise qu’il appelle Felco Watch en 1923 [2]. Elle devient Felco SA deux ans plus tard.

1927

1942

C’est une manufacture qui produit des montres-bracelets et leurs mouvements. De nombreux marchés sont explorés à l’étranger, en particulier en Asie, ce permet de passer la période difficile des années 1930.

Un petit détail va toutefois devenir très gênant. La marque Felco, qui, semble-t-il, n’a pas été déposée, ne plait pas beaucoup à la manufacture Frey &Co. de Madresch, près de Bienne, qui utilise la marque Freco, phonétiquement très proche. Après procès, Felco SA est devenue en 1943 Felca SA, et Felco une marque de Frey & Co. [3].

2. Felca

A la veille de son 25e anniversaire, Felca est désormais une entreprise bien installée, occupant 70 personnes. Les calibres sont désormais fournis par Ébauches SA, mais les montres sont réputées pour leur solidité et leur étanchéité.

1944

1944

1946

1946

1948

1952

1950

En 1947, Bruno Schluep, fils de Fritz, entre au conseil d’administration, et la marque Titoni est déposée en 1951 [4].

Les premières montres automatiques apparaissent au début des années 1950, calibre Felsa, l’une des marques d’Ébauches SA. Elles peuvent porter le nom Rotomat.

À partir des années 1950, Felca va donner des noms à de nombreux modèles, aussi bien pour homme que pour dame : Airmaster, Sportmaster, Rist-Mate, Desert-router, Maharadjah, Air Navigator et Catarina par exemple. Les montres peuvent porter la marque Felca ou Titoni.

1956

1957

1955

1963

1959

1960

En 1959 Felca fait partie des 20 premières fabriques d’horlogerie de Suisse, et inaugure à Granges une belle usine ultra-moderne dotée des plus récents équipements : ce sont des horloges à quartz qui sont utilisées pour le réglage des montres. Le personnel n’est pas oublié : semaine de 5 jours, cafétéria avec terrasse, et distributeurs de boisson gratuites ! [5]

Fritz Schluep décède la même année, et c’est désormais Bruno Schluep qui dirige la fabrique.

1960

Felca produit désormais des chronomètres, comme le modèle Airmaster V, et en 1962 lance sa première montre de plongée : la Seascoper.

1962

1962

3. Felca et Titoni

La marque Titoni étant de plus en plus réputée, en particulier en Asie, Felca va changer de nom en 1964 pour Felca et Titoni [6]. De nombreux modèles sont lancés : Seascoper II, Soirée, Skymaster, etc.

1965

1965

1966

1968

1965

1968

Avec la fin du statut horloger au début des années 1960, la concurrence internationale devient plus agressive. En Suisse, c’est le temps des concentrations, avec des entreprises qui s’associent pour partager les coûts de production ou de développement.

C’est de cas de Felca et Titoni qui rejoint en 1969 le groupe Time-Center qui regroupe Atlantic, Fortis, Nivada et Felca et Titoni [7]. Bruno Schluep en prend la présidence pour quatre ans. La production est rationalisée, mais chaque entreprise reste indépendante.

En 1969, la marque Felca+Titoni est déposée. Le lancement de nouveaux modèles se poursuit : montres de plongée, montres hautes fréquences (36 000 A/h) sous le nom HV 36, etc.

1967

1969

1972

1974

Vers 1978, Felca+Titoni commence la commercialisation de montres à quartz.

1978

Mais la « crise du quartz » est là, avec le déferlement de montres à quartz américaines puis asiatiques, et la dévaluation des monnaies contre le franc suisse. Time-Center fait faillite en 1979.

Bruno Schluep décède en 1981. L’entreprise est alors gérée par Walter Schluep [8].

4. Titoni

En 1991, la structure de la société est profondément modifiée [9]. Felca SA devient une société financière, et la fabrique d’horlogerie prend le nom de Titoni SA. Elle est gérée par Walter et Daniel Schluep.

L’affaire Titoni-Rolex

Un coup de tonnerre survient en 1994 : la célèbre manufacture Rolex attaque la société Titoni pour contrefaçon de son modèle Oyster !

Le marché de Titoni est essentiellement asiatique : Singapour, Chine, Thaïlande, Vietnam, etc [10]. Elle y vend effectivement des montres siglées Titoni reprenant les codes de la Rolex Oyster : boîte et bracelet caractéristiques, lunette crénelée, aiguilles bâtons et date par guichet à 3h.

En 1990, Rolex demande à la Fédération Horlogère une conciliation pour que Titoni cesse les imitations du modèle Oyster. Titoni refuse et quatre ans plus tard Titoni est exclue de la Fédération Horlogère, et l’affaire renvoyée devant les tribunaux [11].

Les arguments de Titoni sont crédibles : le modèle « façon Rolex » est commercialisé depuis les années 1960, et en 30 ans Rolex n’a rien trouvé à redire. De plus, Il y a une bonne vingtaine de fabricants suisses de montres « façon Rolex » qui les commercialisent en Asie où elles représentent un certain statut social, et parmi ces fabricants, certains sont très connus : Longines, Mido, Tissot, Cyma, Enicar, etc. La règle devrait s’appliquer à tous.

Successivement, le tribunal de district, puis le tribunal cantonal de Soleure, puis le tribunal fédéral de Berne débouteront Rolex, arguant que les modèles Oyster étaient entrés dans le domaine public [12]. Le tribunal de Berne annulera même l’exclusion de Titoni de la Fédération Horlogère. Discrètement, certains fabricants suisses cesseront la production de ce type de montres.

Titoni est surtout distribué en Asie, et en particulier en Chine où la marque est connue de longue date. C’est certainement grâce à cette présence asiatique que Titoni va surmonter la « crise du quartz », et ce d’autant que Titoni va lancer toute une gamme de montres automatiques, pour homme et pour dame, qui sont à nouveau très demandées, avec par exemple les collections Cosmo 2000 et 3000, et également des chronographes automatiques.

En 2003, alors que Titoni produit 100 000 montres par an, 93% des montres sont automatiques [13].

Dans les années qui vont suivre, Titoni va adapter ses gammes à l’évolution du marché asiatique avec l’émergence d’une clientèle plus jeune, plus urbaine, et la demande de montres plus techniques et plus sportives, mais toujours majoritairement automatiques.

2007

2014

Les montres Titoni sont de ce fait de plus en plus livrées avec un bulletin de chronomètre (plus de 15 000 en 2012 [14]), et en 2014 par exemple le modèle Seascoper est réactualisé.

Aujourd’hui (2025), Titoni est toujours géré par la famille Schluep : https://www.titoni.ch/us/en/

[1] Journal Suisse d’Horlogerie, 1944, 5-6, p. 237

[2] FOSC 1923

[3] Revue Internationale d’Horlogerie, 1944, 17, p. 15-19, et FOSC 1944

[4] FOSC 1947 et 1951

[5] Journal Suisse d’Horlogerie, 1961, 3, pp. 372-374

[6] FOSC 1964

[7] Journal Suisse d’Horlogerie, 1969, 6, p. 646. Selon le FOSC, le groupe s’appelait en fait Protime.

[8] FOSC 1981

[9] FOSC 1991

[10] L’Hebdo, supplément La Passion Horlogère, 1993, p. 48

[11] Montres Passion, 1995, 4, p. 29 et suivantes

[12] La protection sur les modèles est de 15 ans en Suisse

[13] Europa Star Europe, 2003, 259, 3, pp. 68-69

[14] Revue FH, 2013, 13, p. 48

Le FOSC (Feuille Officielle Suisse du Commerce) est disponible sur E-periodica

Notes :

Concernant Time To Tell : Time To Tell dispose de l'une des plus grandes bases de données privées numérisées sur l'histoire de l'horlogerie suisse avec plus de 2,5 To de données sur plus de 1000 fabricants de montres suisses. Cette base a été construite sur une période d'une trentaine d'années et continue à être alimentée d'environ 50 à 100 Go de données chaque année. Cette base de données est constituée de documents anciens, en majorité des revues professionnelles suisses, allant de la fin du 19e siècle à la fin du 20e siècle. La plupart de ces documents ne sont pas disponibles sur l'Internet. Les articles historiques publiés sur le site time2tell.com citent toujours les sources utilisées.

Time To Tell est une société privée, indépendante de tout fabricant d'horlogerie.

©Time To Tell, 2025

Reproduction interdite sans autorisation.

Toute utilisation de cet article par une intelligence artificielle est strictement interdite et sera considérée comme une atteinte aux droits d’auteur.

Détails du produit

Product added to wishlist

Nous utilisons des cookies afin de fournir une expérience utilisateur conviviale. En naviguant sur ce site, vous acceptez la politique d'utilisation des cookies.