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La véritable histoire d’Eberhard & Co.

La véritable histoire d’Eberhard & Co.

Eberhard

Cette illustre maison de La Chaux-de-Fonds, qui a produit des chronographes remarquables, a connu des heures difficiles lors de la « crise du quartz ». Elle s’est relevée avec brio, grâce à sa succursale italienne qui en a finalement pris le contrôle.

Description

Joël Pynson

Avril 2026

1. La famille Eberhard

Georges-Lucien Eberhard et Henri Rosselet se sont associés en 1887, pour créer une fabrique d’horlogerie à La Chaux-de-Fonds [1].

Cette association est de courte durée : dès 1892, Georges-Lucien s’associe avec Bertrand Eberhard pour créer la société Eberhard & Cie [2]. La société pratique l’achat et la vente d’horlogerie, mais fabrique aussi des chronomètres et des montres en or, en particulier pour l’Allemagne et l’Italie.

1894

Georges Eberhard s’implique également dans d’autres sociétés : la fabrique Louis Audemars de La Chaux-de-Fonds en 1899 [3], et la Société des Fabricants de montres système Roskopf en 1906 [4]. Vers 1900 en effet, Eberhard & Cie s’est diversifiée dans la montre économique, comme le montre par exemple le dépôt en 1901 de la marque Système Roskopf.

En 1906, Eberhard prend la licence des brevets d’Adamir Sandoz-Boucherin et de Gustave-Adrien Quartier portant sur un affichage numérique des heures [5]. Ces montres seront commercialisées sous la marque Domina et seront équipées d’un calibre de type Roskopf.

En 1907, Eberhard ajoute à sa dénomination Fabrique Audax & The National Watch Manufactory [6]. La marque National Watch, déposée en 1897, est en effet régulièrement utilisée.

En 1914, le fils de Georges, Georges-Emile, entre dans l’entreprise familiale qui prend le nom Eberhard & Cie, National Watch Manufactory [7]. La production de chronomètres se confirme, avec par exemple 83 bulletins de 1ère classe obtenu à La Chaux-de-Fonds en 1914 [8].

1916

1916

Mais vendre des montres en or et des chronomètres pendant la Première Guerre mondiale devait être extrêmement compliqué : en 1918, la société Eberhard & Cie est absorbée par le Comptoir général de vente de la montre Roskopf, et Georges Eberhard en devient directeur commercial [9]. C’est ainsi que les marques d’Eberhard & Cie, en particulier National Watch, deviennent des marques du Comptoir de la montre Roskopf, également appelé Veuve Charles Léon Schmid & Co.

1923

Mais la famille Eberhard ne se décourage pas. En 1919, Georges Eberhard quitte le Comptoir de la montre Roskopf, et créé avec son fils Georges-Emile une nouvelle société Eberhard et Cie [10].

Selon l’histoire officielle [11], Eberhard aurait produit ses premiers chronographes-bracelets en 1919. Il existe toutefois des chronographes National Watch Co. Il est donc possible qu’Eberhard ait produit des chronographes-bracelets avant 1918.

Chronographe National Watch, c. 1918, calibre Martel

Credit everywatch.com

En 1925, Maurice, frère de Georges-Emile, entre dans l’entreprise [12]. Leur père décède en 1926.

Malgré la période difficile d’entre deux guerres, Eberhard continue à fabriquer des montres variées, des chronomètres, et devient fournisseur des chemins de fer italiens [13].

Eberhard & Co. a fait du chronographe l’une de ses spécialités. Selon l’histoire officielle [14], les premiers chronographes deux poussoirs permettant la reprise du chronométrage datent de 1935, ceux avec compteur d’heures sont de 1938, et les remarquables chronographes-bracelets avec rattrapante sont de 1939.

Mais Eberhard a aussi produit de très rares chronographes à heure sautante, probablement vers 1932. Il y a toutefois un débat sur l’origine de ces mouvements qui pourraient en fait avoir été produits par Breitling [15]. Pour les autres chronographes, les dates correspondent en effet au lancement des différentes versions du beau calibre Eberhard 1600, développé en collaboration avec le fabricant de chronographes Huga à La Chaux-de-Fonds.

Certains auteurs affirment qu’Eberhard aurait produit ses premières montres automatiques en 1930 [15-2]. Il pourrait s’agir du calibre automatique d’Eugène Meylan (EMSA), lancé en 1931.

Georges-Emile décède en 1942, c’est alors Maurice et son épouse Bluette qui dirigent l’entreprise, et qui vont lui donner un nouvel élan, renforcé par la forte demande de montres suisses après la Deuxième Guerre mondiale.

Les gammes sont alors très complètes : montres de dame, montres étanches, montres automatiques, montres calendrier, chronographes, etc.

1942

1943

1945

1947

1945

1945

À partir de 1945 environ, Eberhard a commencé à utiliser l’appellation Extra-Fort pour certains de ses chronographes, probablement ceux munis d’un antichoc.

1946

1948

En 1951, Eberhard lance un nouveau calibre chronographe, l’un des plus beaux réalisés en Suisse à cette époque : la calibre 74, de 14 lignes, développé par Dépraz & Cie (aujourd’hui Dubois Dépraz) dans la Vallée de Joux [16]. Ce calibre a un fonctionnement particulier car il possède un poussoir et une targette : « le poussoir, par trois pressions successives actionne la mise en marche, l'arrêt et le retour a zéro de l'aiguille de chronographe (grande trotteuse) et celle du petit compteur de minutes ; la targette commande uniquement l'arrêt facultatif de la grande trotteuse et du petit compteur de minutes. Elle empêche tout retour involontaire à zéro pendant un contrôle intermittent. Ce dispositif neutralise toute suspension momentanée de contrôle et ainsi, sans calcul fastidieux, permet d'obtenir la durée effective d'une série d'observations consécutives » [17].

1951

1953

La production Eberhard ne se limite pas aux chronographes, il y a aussi de belle montres automatiques et des montres pour dame.

1953

1954

En 1955, Eberhard devient une SA et André Montandon, gendre de Maurice Eberhard, entre au conseil d’administration [18]. Eberhard va alors lancer une série de modèles remarquables : chronographe Contodat, premier chronographe avec date par guichet, en 1957, puis suivront le Contograf, chronographe de plongée, et la montre de plongée Scafograf 300 en 1965.

Mais un tragique évènement survient en 1962 : André Montandon et son épouse meurent dans un accident de la route. Et Pierre-Auguste Leuba, appelé à la direction de l’entreprise, décède en 1965.

Eberhard traverse alors une période difficile. L’entreprise rejoint la CHP (Communauté Horlogère de Précision) afin de développer un calibre à haute fréquence (36 000 A/h) qui sera lancé en 1968, puis présente ses premières montres à quartz grâce au calibre Beta 21 en 1970, mais Maurice Eberhard préfère vendre son entreprise, ce qui sera fait en 1972 [19].

2. Charles Brandt

C’est Charles Brandt qui a repris Eberhard en 1972, et qui en est devenu l’administrateur unique à la mort de Maurice Eberhard en 1976 [20].

Charles Brandt est déjà impliqué dans l’horlogerie : il dirige deux entreprises à Bienne : E. Brandt & Fils, créé en 1958 avec sa mère Erica Brandt-Bottinelli, et la Fabrique d’horlogerie Dux SA dont les origines remontent à 1948.

Eberhard & Co. est d’ailleurs transférée à Bienne en 1978.

Charles Brandt relance d’abord le marché italien, marché le plus important pour la marque, en créant à Milan Eberhard Italia SpA, dirigée par Palmiro Monti qui va jouer un rôle majeur [21].

Une gamme de montres à quartz est lancée, et Eberhard est l’une des premières société suisse à lancer la mode des « neo-vintage » avec des chronographes « Replica » aux boîtes évoquant les années 1930, et munis de calibres anciens.

1983

1987

Progressivement c’est la montre mécanique qui est mise en avant : chronographe régate en titane avec dispositif pour départ de régate en 1983, chronographe en titane sur base Valjoux 7750 en 1984, montres calendrier sur base Dubois Dépraz en 1986, etc.

1986

1992

Même si l’entreprise est basée à Bienne, c’est visiblement à Milan que la stratégie se dessine : chronographe Frecce Tricolori en 1987 pour les pilotes de l’Armée de l’Air italienne, chronographe en hommage au pilote italien Tazio Nuvolari en 1992, montre automatique Quadrangolo la même année, montre à remontage manuel Traversetolo en 1996, etc.

1995

2001

En 2001, Eberhard a lancé un chronographe très original : le Chrono 4, dont les 4 compteurs sont alignés. Le modèle a été déposé aux Etats-Unis par Charles Brandt en 2002 [22], mais sa succession était déjà en cours : en 2003, Palmiro Monti devient président de la société [23] et c’est aujourd’hui la famille Monti qui préside aux destinées de l’entreprise.

Le site actuel d’Eberhard : https://www.eberhard-co-watches.ch/en/

[1] FOSC 1887

{2] FOSC 1892

[3] FOSC 1899

[4] FOSC 1906

[5] Brevets CH 31 613 et 33 814

[6] FOSC 1907

[7] FOSC 1914

[8] Journal Suisse d’Horlogerie, 1915, 11, p. 356

[9] FOSC 1918

[10] FOSC 1919

[11] https://www.eberhard-co-watches.ch/fr/la-maison/ consulté en avril 2026

[12] FOSC 1925

[13] Revue Internationale d’Horlogerie, 1933, 18, p. 225

[14] La Fédération Horlogère, 1947, 13, p. 245

[15] Article à venir

[15-2] https://segnatempo.it/storia-delle-maison/storia-della-maison-eberhard-co/

[16] Dubois Dépraz, 90 années d’horlogerie compliquée, édité par Dubois Dépraz, 1991, pp. 52-53

[17] Journal Suisse d’Horlogerie, 1951, 7-8, p. 246

[18] FOSC 1955

[19] FOSC 1972

[20] FOSC 1920

[21] La Suisse Horlogère, 1982, 3, p. 37

[22] Modèle US D457,817

Le FOSC (Feuille Officielle Suisse du Commerce) est disponible sur E-periodica

Notes :

Concernant Time To Tell : Time To Tell dispose de l'une des plus grandes bases de données privées numérisées sur l'histoire de l'horlogerie suisse avec plus de 2,5 To de données sur plus de 1000 fabricants de montres suisses. Cette base a été construite sur une période d'une trentaine d'années et continue à être alimentée d'environ 50 à 100 Go de données chaque année. Cette base de données est constituée de documents anciens, en majorité des revues professionnelles suisses, allant de la fin du 19e siècle à la fin du 20e siècle. La plupart de ces documents ne sont pas disponibles sur l'Internet. Les articles historiques publiés sur le site time2tell.com citent toujours les sources utilisées.

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