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La véritable histoire des montres Paul Buhré

La véritable histoire des montres Paul Buhré

Paul Buhré

Entreprise russe au départ, avec succursale en Suisse, la fabrique Paul Buhré s’est installée au Locle après la révolution bolchévique de 1917. Reprise ensuite par Barbezat-Bôle, puis par Dixi, elle a disparu avec la création de Zenith International.

Description

Joël Pynson

Janvier 2026

1. De Saint-Pétersbourg au Locle

Paul-Léopold Buhré a ouvert un magasin d’horlogerie à Saint-Pétersbourg en 1815 [1]. Son fils Paul Buhré fait prospérer l’affaire et fournit en belles montres suisses la noblesse russe.

Pour s’assurer la fourniture de montres de qualité, Paul Buhré ouvre en 1879 une succursale en Suisse, au Locle, dirigée par Paul Othenin-Girard-Gabus. Lorsque Paul Buhré se retire des affaires, c’est Jean-Georges Pfund qui prend la suite à Saint-Pétersbourg.

En 1900, la succursale du Locle devient Othenin Girard frères, et elle est dirigée par Louis-Alexandre Othenin-Girard et son frère Tell-Arnold Othenin-Girard [2]. La maison mère Paul Buhré est alors dirigée par Jean-Georges Pfund et Paul-Henry Girard.

Chronographe Paul Buhré, c. 1914, calibre Nicolet

À l’Exposition Internationale de Paris en 1900 la fabrique Paul Buhré reçoit une médaille d’or pour des montres richement décorées destinées à la famille impériale de Russie [3].

Les montres fabriquées au Locle ne sont pas seulement belles : elles sont aussi précises. Elles obtiennent des prix aux concours de précision de l’Observatoire de Neuchâtel en 1901, 1904, 1905, 1906, 1908, 1909, 1910, etc.

En 1908, la société Othenin-Girard frères est reprise par Louis-Alexandre Girard sous le nom Alexandre Girard [4].

En 1916, la fabrique Paul Buhré dépose un brevet en Suisse sur un mécanisme de chronographe « à retour » : par appui sur le poussoir de l’aiguille de chronographe en marche, celle-ci part en arrière à la même vitesse. Ce mécanisme antériorise d’une vingtaine d’année les mécanismes à retour utilisés pendant la 2ème guerre Mondiale dans les avions bombardiers [5].

La révolution bolchévique porte un coup fatal à la société mère à Saint-Pétersbourg : « Toutes ces marchandises et fournitures saisies dans les centaines de magasins d'horlogerie de Moscou, furent transportées dans une Centrale officielle de distribution, comme chaque genre de marchandises. Puis l'agencement des magasins d'horlogerie, vitrines, pupitres et meubles, furent également peu à peu enlevés et utilisés dans les administrations et bureaux bolchévistes. On choisit au début comme locaux de la Centrale de l'horlogerie, trois des principaux magasins d'horlogerie de Moscou, les magasins Buhré, Gabus et Moser, où la distribution des marchandises saisies fut organisée. Par la suite, ces trois établissements furent groupés en un seul, le magasin soviétique d'horlogerie n° 1, et un magasin n° 2 fut installé dans un autre quartier de la ville. C'est tout ce qui reste actuellement dans une ville de deux millions d'habitants, des centaines de magasins d'horlogerie de jadis ... deux seules boutiques officielles. » [6].

En 1919, la société Paul Buhré est rapatriée en Suisse, au Locle, sous la forme d’une SA dirigée par la famille Girard. Paul-Alexandre Girard en est le directeur [7].

2. Paul Buhré et Barbezat-Bôle

Mais la situation économique en Suisse après la 1ère guerre Mondiale est très mauvaise, et l’horlogerie s’enfonce dans une crise qui va durer de longues années.

La société Paul Buhré se concentre sur les chronomètres, mais ce sont des montres au prix très élevé qui s’écoulent difficilement. En grande difficulté, l’entreprise est reprise en 1928 par Paul-Emile Barbezat et Charles-Alcide Humbert-Sarbach qui dirigent la fabrique H. Barbezat-Bôle. La nouvelle société s’appelle désormais Manufacture des montres Paul Buhré et H. Barbezat-Bôle SA [8].

1929

La marque la plus connue et la plus ancienne étant Paul Buhré, c’est celle qui est désormais mise en avant par la fabrique. Malgré la crise des années 1930 la fabrique Paul Buhré se maintient avec brio : lancement de nouveaux modèles meilleur marché, lancement de pendulettes, lancement d’un chronomètre dans une boîte en acajou destinée à être placé dans la devanture des magasins d’horlogerie, etc.

1930

1931

Dans le même temps la fabrique poursuit ses efforts dans le domaine de la précision : premiers prix à Neuchâtel en 1930, 1931, 1932, etc. En 1938, puis en 1939, Paul Buhré bat deux fois consécutivement le record de précision pour une montre-bracelet à Neuchâtel [9].

1941

1946

En 1945 la société change son nom pour Manufacture des montres Paul Buhré, et deux ans plus tard, Charles-Alcide Humbert-Sarbach reste seul à la tête de l’entreprise [10].

En 1949 Paul Buhré s’installe dans de nouveaux locaux, plus modernes, au Locle.

C’est à partir des années 1950 que Paul Buhré va lancer les modèles les plus iconiques de la marque : RotoDator en 1951, RotoGraph en 1952, Alarm en 1955, Fantôme en 1958 et PB 1001 en 1959.

1950

1953

1958

1960

En 1963 la société change de mains : elle est reprise par Paul-François Castella qui dirige le groupe Dixi [11].

3. Paul Buhré et Dixi

Dixi, bien connu comme fabricant de machines pour l'horlogerie, était en fait un groupe très diversifié avec des intérêts dans les compresseurs, les instruments de mesure, l'armement et les meubles.

Le rachat de Paul Buhré est en fait la première étape de l’investissement de Dixi dans l’horlogerie. Dans les années 1970 le pôle horloger de Dixi va devenir impressionnant avec le rachat/sauvetage de pas moins de 7 entreprises pour la plupart au Locle : Robert Cart, Henry Moser & Cie, Jean Perret, Luxor, Zénith-Movado, Terrasse Watch et Zodiac.

Peu après son rachat, Paul Buhré est réorienté vers la fabrication de pendules, en particulier les belles pendules neuchâteloises, et dans les montres de luxe en métaux précieux et joaillerie.

1969

1974

En 1976, Paul Buhré s’installe dans de nouveaux locaux : l’ancienne fabrique Prexa, entièrement rénovée [12].

1984

Mais la crise horlogère des années 1980 va avoir de lourdes conséquences pour Paul Buhré. En 1987, l’ensemble des fabriques du groupe Dixi est regroupé sous le nom Zenith International [13].

La marque Paul Buhré est alors abandonnée.

Un article sur les principaux modèles de montres Paul Buhré se trouve ici (à venir)

Voir aussi Barbezat-Bôle

 

[1] Journal Suisse d’Horlogerie, 1950, 3-4, pp. 110-111

[2] FOSC 1900

[3] La Fédération Suisse, 1900, 72, p. 457

[4] FOSC 1908

[5] Brevet CH 74 144

[6] Revue Internationale de l’Horlogerie, 1920, 13, pp. 1104-1107

[7] FOSC 1919

|8] FOSC 1928

[9] Revue Internationale d’Horlogerie, 1939, 10, p. 24

[10] FOSC 1945 et 1947

[11] FOSC 1965

[12] La Suisse Horlogère, Edition hebdomadaire, 1976, 18, p. 395

[13] FOSC 1987

Le FOSC (Feuille Officielle Suisse du Commerce) est disponible sur E-periodica

Notes :

Concernant Time To Tell : Time To Tell dispose de l'une des plus grandes bases de données privées numérisées sur l'histoire de l'horlogerie suisse avec plus de 2,5 To de données sur plus de 1000 fabricants de montres suisses. Cette base a été construite sur une période d'une trentaine d'années et continue à être alimentée d'environ 50 à 100 Go de données chaque année. Cette base de données est constituée de documents anciens, en majorité des revues professionnelles suisses, allant de la fin du 19e siècle à la fin du 20e siècle. La plupart de ces documents ne sont pas disponibles sur l'Internet. Les articles historiques publiés sur le site time2tell.com citent toujours les sources utilisées.

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