Ébauches SA à joué un rôle central dans l'horlogerie suisse du 20e siècle. Son histoire mérite qu'on s'y attarde car elle montre comment les structures officielles d'une nation peuvent se mobiliser autour d'une industrie jugée d'intérêt national [1].
Au début des années 1920, l'horlogerie suisse est en crise. Alors qu'on s'attendait à une forte demande après la première guerre mondiale et que de nombreuses entreprises avaient investi pour augmenter leur capacité de production, le marché s'effondre et les prix avec. Il y a en fait surproduction de montres, et surtout de mouvements. D’où l’idée de créer une holding pour contrôler la fabrication d’ébauches.
Ébauches SA nait le 27 décembre 1926 à Neuchâtel du regroupement de trois gros fabricants d'ébauches : A. Schild SA, la Fabrique d'Horlogerie de Fontainemelon et Michel SA. À elle trois ces sociétés produisent alors plus de 50 % des ébauches suisses. La force d'Ébauches SA c'est que c'est une société privée et qu'avec l'aide des banques elle est très riche. Dans le domaine du chronographe par exemple, dès 1927 elle rachète Charles Hahn (Landeron) et l'année d'après Vénus.
En 1931 est créée une super holding, l'ASUAG, qui a pour mission de concentrer les ébauches et l'ensemble des fournitures. L'ASUAG a besoin de beaucoup d'argent pour réussir son entreprise, plus que ce que ne peuvent avancer les banques. Mais la situation en 1931 est dramatique avec 20 000 horlogers au chômage et c'est la Confédération elle-même qui viendra apporter sa contribution en entrant dans le capital de l'ASUAG et en accordant un prêt sans intérêt de 7,5 millions de francs suisses.
Ébauches SA poursuit ses rachats : citons par exemple en 1932 A. Raymond SA avec sa fabrique d'ébauches Unitas, Eterna avec ses ébauches ETA et en 1944 dans le domaine du chronographe, Valjoux SA. La situation est désormais maîtrisée, favorisée par la dévaluation du franc suisse en 1936 et une reprise économique que la deuxième guerre mondiale n'infléchira pas.