La véritable histoire de la Seeland Watch Co.

La véritable histoire de la Seeland Watch Co.

Seeland

Cette importante fabrique de Bienne est surtout connue comme filiale de la célèbre Invicta

Description

Joël Pynson

Février 2025

1. Une importante fabrique de Madretsch

Selon l’histoire officielle, la Seeland Watch a été créée en 1873 à Madretsch, qui est aujourd’hui un quartier intégré à la ville de Bienne [1]. Selon certaines sources, le créateur de l’entreprise serait Frederick Seeland qui a également dirigé IWC [2]. Mais selon d’autres sources, Frederick Seeland, qui était américain, ne serait arrivé en Suisse qu’en 1876, soit après la création de la fabrique de Madretsch [3].

Dans les archives horlogères suisses, il n’y a pas d’entreprise au nom de Seeland avant 1891. Il est donc probable que la Fabrique ait existé sous un autre nom avant cette date [4].

Quant au nom Seeland, il suffit de rappeler que le Seeland est le nom d’une région de Suisse qui comprend les 3 lacs de Bienne, Neuchâtel et Morat, et qui inclue donc Madretsch.

Il semble toutefois exister un lien avec les Etats-Unis : les machines et l’outillage ont été montés selon les méthodes modernes de la Waltham Watch Co, grâce à un ingénieur qui les connaissait parfaitement [1].

Selon la Feuille Officielle Suisse du Commerce (FOSC), c’est donc en 1891 qu’a été créée à Madretsch la Fabrique d’Horlogerie Seeland – Seeland Watch Co.

1893

À la différence de nombreuses entreprises créées en Suisse au 19e siècle, on ne trouve pas à la tête de la Seeland un chef de famille entrepreneur, prêt à léguer sa fabrique à sa descendance. On trouve ainsi Louis Girardin-Bourgeois, industriel à Bienne et Leo Aeby ingénieur-horloger, provenant d’une autre entreprise. Et dans les années qui suivirent, on observe un renouvellement rapide du conseil d’administration avec le départ de Leo Aeby et l’arrivée de Louis Müller, fabricant de Bienne, de Jules Golay de Genève, de Nestor Blancpain de Villeret ou d’Emil Flotron, inventeur d’une boîte hermétique !

Bien que les montres Seeland Watch soient de bonne qualité, une telle instabilité à la tête de l’entreprise est sans doute le reflet de nombreux conflits interne. Comme la période des années 1890 est très défavorable, la fabrique fait faillite en 1899 [5].

L’activité est reprise la même année par deux fabricants de Bienne, Emil Judith et Robert Sulger, sous le nom Judith & Cie, Successeur de la Fabrique de montres Seeland [5].

1902

1904

En 1905, la Seeland Watch est une grande entreprise, occupant de vastes locaux, et qui fabrique ses propres ébauches [1].

Mais la fabrique est à nouveau en difficulté et fait faillite en 1909. Elle est reprise en 1910 par Robert Sulger sous le nom Seeland Watch Co. [6].

Cette reprise sera de courte durée : en 1915 Roger Sulger quitte l’entreprise et il est remplacé par Georges Raphaël Blum, membre de la famille Blum, propriétaire de la Fabrique Invicta à La Chaux-de- Fonds [7].

2. Invicta-Seeland

Seeland devient ainsi une marque de montres gérée par Invicta, mais les deux sociétés restent indépendantes. Seeland propose des montres variées, y compris des montres-bracelets, et lance la marque Zeta pour des montres économiques.

1916

1918

En 1918, le siège social de Seeland est transféré à La Chaux-de-Fonds.

À partir du début des années 1930, la marque Seeland va être réservée aux Etats-Unis avec la création d’Invicta-Seeland Inc. À New-York.

1932

1940

Georges-Raphaël Blum continuera à gérer Seeland Watch Co. jusqu’à sa mort en 1964. Il sera alors remplacé par Charles-Armand Blum et Paul-Maurice Blum [8], mais Paul-Maurice décède en 1966.

En 1967, Seeland Watch Co. devient Iseca SA [9]. C’est un changement important car désormais la société peut prendre des participations dans d’autres entreprises. Et c’est ce qui va se produire en 1968, quand Charles-Armand Blum propose de racheter la célèbre Waltham Watch Co. aux Etats-Unis [10] ! Certes, la Waltham des années 1960 n’avait pas grand-chose à voir avec la célèbre manufacture qui avait impressionné les horlogers suisses à l’Exposition Universelle de Philadelphie en 1876. Mais le nom Waltham avait toujours beaucoup de valeur, et ce rachat fut une fierté pour les Suisses qui avaient vu Büren et Universal rachetées par les américains !

1955

Iseca n’était pas la seule société à être impliquée dans ce rachat : deux autres fabriques suisses avaient également participé : Avia et H. Sandoz & Cie. La Fédération Horlogère et l’ASUAG ont probablement facilité cette transaction puisque Chronos Holding, société créée par l’ASUAG pour faciliter les concentrations d’entreprises, avait accordé un appui financier [11].

3. Intégration dans la Société des Garde-Temps (SGT)

Avec Invicta, Iseca n’échappe pas au vaste mouvement de concentration d’entreprises horlogères des années 1960 en Suisse, lié à la fin du statut horloger. Iseca et Invicta intègrent la holding SGT en 1970 [12].

Cette holding avait été créée en 1968 et rassemblait déjà une dizaine d’entreprises, aussi bien dans la fabrication de montres (Helvétia, Silvana, Solvil & Titus, etc.), que dans les branches annexes (rubis, pivots).

Mais la marque Seeland n’est pas utilisée par la holding, seule la marque Invicta subsiste.

Comme SGT, Iseca sera victime de la « crise du quartz », et fait faillite en 1981 [13].

 

Voir aussi : Invicta

[1] Revue Internationale de l’Horlogerie, 1905, 13, pp. 622-625

[2] https://mb.nawcc.org/threads/help-me-find-seeland-watch-info.74693/

[3] https://forum.iwc.com/t/iwc-seeland-watches-with-uk-hallmarks/2634/

[4] Il s’agissait peut-être de la fabrique d’horlogerie Aeby & Landry qui existait à Madretsch avant 1883 (date de la création de la FOSC), entreprise qui a fait faillite en 1891, et dont certains associés se sont retrouvés dans la Seeland Watch Co.

[5] FOSC 1899

[6] FOSC 1910

[7] FOSC 1915

[8] FOSC 1964

[9] FOSC 1967

[10] Chicago Tribune, Chicago, Illinois, Sun, Mar 31, 1968, p. 99 https://www.newspapers.com/article/chicago-tribune-invicta-watch-co-to-mak/103616824/

[11] Journal Suisse d’Horlogerie, 1969, 4, p. 402

[12] Bulletin d’Information Horlogerie Bijouterie, 1970, 686, pp. 1-2

[13] FOSC 1981

Les archives de la Fédération Horlogère, du Davoine et de l’Impartial sont disponibles en ligne sur www.doc.rero.ch

Les archives du Journal Suisse d’Horlogerie, d’Europa Star, de la Revue Internationale d’Horlogerie et de la Suisse Horlogère sont disponibles sur The Watch Library

Le FOSC (Feuille Officielle Suisse du Commerce) est disponible sur E-periodica

Notes :

Concernant Time To Tell : Time To Tell dispose de l'une des plus grandes bases de données privées numérisées sur l'histoire de l'horlogerie suisse avec plus de 2,3 To de données sur plus de 1000 fabricants de montres suisses. Cette base a été construite sur une période d'une trentaine d'années et continue à être alimentée d'environ 50 à 100 Go de données chaque année. Cette base de données est constituée de documents anciens, en majorité des revues professionnelles suisses, allant de la fin du 19e siècle à la fin du 20e siècle. La plupart de ces documents ne sont pas disponibles sur l'Internet. Les articles historiques publiés sur le site time2tell.com citent toujours les sources utilisées.

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