La véritable histoire des montres Invicta

La véritable histoire des montres Invicta

Invicta

Entreprise majeure du 20e siècle, Invicta et sa filiale Invicta-Seeland ont créé des modèles remarquables très recherchés aujourd’hui.

Description

Joël Pynson

Février 2025

1. Les dynasties des Picard et des Blum

Venu d’Alsace, Raphaël Picard s’installe à Ste-Croix en 1837 [1].

Ses fils Edmond, Gabriel et Armand prennent la suite, et en 1892 nomment leur fabrique d’horlogerie installée à La Chaux-de-Fonds, Les Fils de R. Picard [2].

La société grandit rapidement et produit toutes sorte de montres, des chronographes, des répétitions, des montres à automates, etc. En 1895, les fils Picard s’associent avec Jules Weber et James Ruedin, pour créer à Delémont la société Weber, Ruedin & Cie [3]. C’est une fabrique débauches destinées en particulier aux montres fabriquées par les fils de R. Picard.

1893

1895

La marque Invicta est déposée en 1896. La même année Les fils de R. Picard présentent à l’Exposition Nationale Suisse à Genève des répétitions avec ou sans chronographe, des montres calendrier, des chronomètres, etc.

Habituellement les fabriques des Montagnes Neuchâteloises utilisaient des ébauches venant de la Vallée de Joux pour leurs montres compliquées. Mais dans le cas d’Invicta, les ébauches provenaient du plus important fabricant de montres à répétition de la région : C. Barbezat-Baillot. Cette manufacture du Locle avait en effet breveté un rouage silencieux qui permettait d’entendre plus facilement la sonnerie, et avait entrepris la fabrication industrielle des montres à répétitions avec au choix, chronographe, calendrier et automates. Barbezat-Baillot, qui deviendra plus tard la Fabrique Le Phare, fournissait ses mouvements à de très nombreuses entreprises.

Chronographe répétition Barbezat-Baillot

Chronographe répétition Invicta

1900

En 1904, l’entreprise est profondément remaniée. Elle accueille désormais au conseil d’administration 3 nouveaux membres : Charles-Sylvain Blum, Henri-Robert et Edmond Dreyfuss. Elle change aussi de nom et s’appelle désormais Fils de R. Picard & Cie [4]. En 1909, elle ajoutera Fabrique Invicta à sa raison sociale.

L’entreprise va dès lors devenir de plus en plus indépendante. Elle développe ses propres systèmes de répétition [5], ses propres chronographes [6], commercialise en exclusivité les compteurs de sport de Couleru-Meuri [7], et développe un étonnant compteur avec quantième en 1912. Mais elle reste toujours dépendante de Barbezat-Baillot pour ses calibres compliqués.

1908

1910

Vers 1912, Invicta lance ses premières montres-bracelets.

Plusieurs évènements importants vont se dérouler chez Invicta pendant la Première Guerre mondiale.

Edouard Picard décède en 1915 et Charles Blum en 1916. Successivement Paul-Maurice Blum et Georges Raphaël Blum entrent dans la société. Or Georges Raphaël Blum avait repris en 1915 la fabrique de montres Seeland Watch Co. à Bienne [8]. Seeland devient ainsi une marque de montres gérée par Invicta, mais les deux sociétés restent indépendantes.

1916

En 1916, la fabrique d’ébauches de Délémont est reprise par Jämes Ruedin et devient indépendante [9].

La société n’est pas modifiée pendant la période de crise des années 1920-1930. En 1928 elle est transformée en SA sous le nom Invicta SA et Gabriel Picard entre dans l’entreprise [10].

2. L’âge d’or d’Invicta

Entre 1930 et 1960, Invicta va connaître un véritable âge d’or. L’entreprise va faire preuve d’une créativité remarquable :

- montres de sport (type Ermeto), montres à heures sautantes et montres calendrier en 1931,

- chronographes-bracelets dont le fameux chronographe rectangulaire Chrono-Sport en 1932,

- montres automatiques et montres 8 jours en 1933,

- montres étanches avec antichoc en 1939

- chronographe Time Log et Secontrol en 1940

- montres automatiques étanches en 1942

- et nouvelles montres calendrier à partir de 1951.

1931

1931

1931

1932

À cela s’ajoute dès les années 1930 des montres pour les chemins de fer et des montres pour avions !

Avec le décès de Gabriel Picard en 1935, et celui d’Henri Dreyfus en 1943, la société est désormais gérée par la famille Blum. Le succès de l’entreprise s’explique également par celui d’Invicta-Seeland aux Etats-Unis.

1948

1952

Pour augmenter ses capacités de production, Invicta reprend en 1960 la fabrique Prexa, créée en 1919 par la famille Perret au Locle [11]. Prexa venait en effet d’inaugurer une nouvelle usine 3 ans plus tôt.

En 1962, pour les 125 ans de l’entreprise, Invicta sort un élégant modèle, décliné en montre pour homme et pour dame.

1962

Pour l’horlogerie suisse, les années 1960 sont celles des regroupements d’entreprises pour faire face à la concurrence. En 1967, Invicta rejoint SAGITER qui est une plateforme de production créée par une dizaine d’établisseurs comme Camy, Eska, Rado, Sandoz, etc. [12]

En 1968, Seeland, qui est devenue Iseca SA [13] rachète la célèbre Waltham Watch Co. aux Etats-Unis [14]

1955

Iseca n’était pas la seule société à être impliquée dans ce rachat : deux autres fabriques suisses avaient également participé : Avia et H. Sandoz & Cie. La Fédération Horlogère et l’ASUAG ont probablement facilité cette transaction puisque Chronos Holding, société créée par l’ASUAG pour faciliter les concentrations d’entreprises, avait accordé un appui financier [15].

Mais une association plus importante s’avère vite nécessaire, et Invicta va alors intégrer la Société des Garde-Temps (SGT).

3. Invicta et la Société des Garde-Temps

La Société des Garde-Temps SA (SGT) est un poids lourd de l’horlogerie suisse. Créée en 1968, cette holding contrôle entre autres Degoumois (montres Avia), Fleurier Watch (montres Arcadia), Helvétia et Silvana. En 1969 SGT reprend Solvil & Titus, ce qui en fait la plus importante concentration d’établisseurs suisses.

Les montres des différents acteurs de la SGT sont assez semblables, dans le milieu de gamme, mais leurs marchés sont différents ce qui explique la synergie.

1970

Invicta propose donc des montres automatiques avec jour et date, très classiques, et suit la tendance avec des montres électroniques et à quartz en 1976.

Mais avec la chute brutale du prix des montres à quartz, la montre suisse de moyenne gamme voit ses ventes s’effondrer. La SGT va alors tenter en 1979 une rationalisation verticale avec Helvétia/Waltham dans le haut de gamme, Sandoz/Invicta dans le milieu de gamme et Tell dans le bas de gamme [16].

Cette tentative n’est pas un succès et la SGT fait faillite en 1981 [17].

4. La valse des propriétaires

Invicta va alors connaître une période troublée qui va se poursuivre jusqu’au 21e siècle.

En 1983, la marque Invicta est reprise par la société financière Ondix [18] qui va la relancer avec une gamme de montres à quartz. Mais Ondix fait faillite en 1991 [19].

1983

Invicta devient ensuite une marque du groupe italien Sector, lequel est repris en 2002 par la holding Opera (Bulgari). La marque est ensuite revendiquée par plusieurs entités comme Invicta Montres SA en Suisse, qui fait faillite en 2007 [19], et elle finalement reprise par une société américaine, Invicta Watch Group, qui la détient toujours.

Les principaux modèles de montres Invicta se trouvent ici.

 

Voir aussi : Seeland

 

[1] http://www.judaisme-alsalor.fr/synagog/hautrhin/g-p/hegenh/horloge/tpicard.htm

[2] FOSC 1892

[3] FOSC 1895

[4] FOSC 1904

[5] Brevet CH 44 390

[6] Brevet CH 50 388

[7] Revue Internationale de l’Horlogerie, 1907, 18, pp. 967-968

[8] FOSC 1915

[9] FOSC 1916

[10] FOSC 1928-1929

[11] FOSC 1960

[12] Europa Star, 1970, 64, 4/6, p. 68

[13] FOSC 1967

[14] Chicago Tribune, Chicago, Illinois, Sun, Mar 31, 1968, p. 99 https://www.newspapers.com/article/chicago-tribune-invicta-watch-co-to-mak/103616824/

[15] Journal Suisse d’Horlogerie, 1969, 1, p. 6

[16] Europa Star, 1979, 116-2, p. 6

[17] FOSC 1983

[18] FOSC 1991

[19] FOSC 2007

Les archives de la Fédération Horlogère, du Davoine et de l’Impartial sont disponibles en ligne sur www.doc.rero.ch

Les archives du Journal Suisse d’Horlogerie, d’Europa Star, de la Revue Internationale d’Horlogerie et de la Suisse Horlogère sont disponibles sur The Watch Library

Le FOSC (Feuille Officielle Suisse du Commerce) est disponible sur E-periodica

Notes :

Concernant Time To Tell : Time To Tell dispose de l'une des plus grandes bases de données privées numérisées sur l'histoire de l'horlogerie suisse avec plus de 2,3 To de données sur plus de 1000 fabricants de montres suisses. Cette base a été construite sur une période d'une trentaine d'années et continue à être alimentée d'environ 50 à 100 Go de données chaque année. Cette base de données est constituée de documents anciens, en majorité des revues professionnelles suisses, allant de la fin du 19e siècle à la fin du 20e siècle. La plupart de ces documents ne sont pas disponibles sur l'Internet. Les articles historiques publiés sur le site time2tell.com citent toujours les sources utilisées.

Time To Tell est une société privée, indépendante de tout fabricant d'horlogerie.

©Time To Tell, 2025

Reproduction interdite sans autorisation. Toute utilisation de cet article par une intelligence artificielle est strictement interdite et sera considérée comme une atteinte aux droits d’auteur.

Détails du produit

Product added to wishlist

Nous utilisons des cookies afin de fournir une expérience utilisateur conviviale. En naviguant sur ce site, vous acceptez la politique d'utilisation des cookies.