La véritable histoire des montres Auguste Reymond SA (ARSA)

La véritable histoire des montres Auguste Reymond SA (ARSA)

ARSA

Spécialiste méconnu de la montre de sport et du chronographe, ARSA (Auguste Reymond SA) fut un important employeur de la commune de Tramelan dans le Jura Bernois. La société existe toujours mais elle est aujourd’hui située à Nidau, près de Bienne.

Description

Joël Pynson

Décembre 2024

1. Création à Tramelan

Auguste Reymond s’installe à Tramelan en 1898 et s’y inscrit en tant que fabricant d’horlogerie l’année d’après [1]. Il n’est pas horloger mais banquier : c’est donc un homme d’affaire avisé qui n’hésite pas par exemple à demander l’aide de la commune pour la construction de son usine [2].

L’entreprise grandit rapidement : la production de montres plates de qualité a du succès et les calibres sont fiables. Certains d’ailleurs proviennent d’une succursale de la Vallée de Joux, célèbre pour l’excellence de ses ébauches [3].

En 1908, la société revendique une production de 120 000 montres par an.

1908

En 1909 Auguste Reymond dépose un brevet pour un mécanisme de chronographe [4]. C’est un mouvement intéressant car c’est en fait l’un des premiers chronographes sans roue à colonne.

En 1914 la fabrique d’horlogerie A. Reymond fait ses premières montres-bracelets, et en 1917 ses premiers chronographes-bracelets.

1917

En 1918, la société est transformée en une SA et devient Manufacture d’horlogerie A. Reymond SA. Auguste Reymond est le président du conseil d’administration, Victor-Eugène Bahon est directeur, et Henri-Arnold Lohner est directeur de fabrication [5].

En 1921, A. Reymond SA dépose les marques ARSA et SILVANA [6]. La manufacture propose alors 3 gammes pour ses montres : économique pour les montres Silvana, bonne qualité pour les montres Speranza, et haut de gamme pour les montres Arsa.

1922

Mais deux ans plus tard, Victor-Eugène Bahon et Arnold Lohner quittent l’entreprise pour créer la Manufacture d’horlogerie Silvana à Tramelan [7], et Auguste Reymond leur cède la marque Silvana.

Chez A. Reymond SA, la production de calibres s’accélère : pas moins de 8 nouveaux calibres, rien qu’en 1925.

La société vend ainsi des montres finies et des ébauches.

C’est sans doute pour augmenter ses capacités de production que la manufacture A. Reymond rachète en 1926 la Manufacture d’horlogerie Unitas, qui fabriquait aussi ses propres ébauches à Tramelan [8]. Unitas devient ainsi le fournisseur des calibres A. Reymond SA.

1929

Mais la fin des années 1920 et le début des années 1930 sont des périodes de crise pour l’horlogerie suisse avec, pour y répondre, la création des trusts Ébauches SA et ASUAG. Sagement, Auguste Reymond décider d’intégrer les trusts.

2. Intégration dans l’ASUAG

L’objectif de la création d’Ébauches SA était de réglementer la fabrication des ébauches. Il n’est donc pas surprenant que la fabrique d’ébauches Unitas, comme beaucoup d’autres, ait rejoint le trust dès 1932 [9].

Mais ce qui est plus surprenant c’est que la société A. Reymond SA ne va pas rester indépendante, mais, en 1933, va intégrer l’ASUAG qui est l’organe faitier qui contrôle les autres trusts [10]. Seules 2 autres sociétés sont dans ce cas : Eterna et Ed. Kummer.

Pour autant Auguste Reymond reste à la direction aussi bien d’Unitas que d’A. Reymond SA. Les deux marques Unitas et ARSA continuent donc à co-exister pour les montres. Pour les ébauches, Unitas est intégrée à Ébauches SA.

1935

Les premières montres étanches ARSA sont lancées en 1935. La montre avec système antichoc et étanche va devenir une spécialité de la fabrique qui cible le marché grandissant des sportifs.

1938

En 1937, Auguste Reymond se retire du conseil d’administration. L’année d’après la société lance une série de chronographes-bracelets, certains pour dame avec un petit calibre de 10,5 lignes, et certains avec compteur d’heures dès 1939.

1938

En 1940, ARSA présente sa première montre étanche automatique, et en 1942 ses premiers chronographes étanches.

Le fait de faire partie de l’ASUAG permet à ARSA de bénéficier des nouveaux calibres d’Ébauches SA dès qu’ils sont disponibles : calibres automatiques pour dame en 1943 et calibres calendrier et chronographe-calendrier en 1944.

1947

Le boom économique des années 1950 profite à toute l’horlogerie suisse et ARSA lance de nombreux nouveaux modèles : montres automatiques calendrier en 1950, montres avec date par guichet en 1951, chronographe grande date en 1953, montres réveil en 1955, et des chronomètres avec bulletin officiel.

1950

1951

1953

1955

En 1958, pour les 50 ans de l’entreprise, ARSA a présenté 3 montres remarquables :

- une montre à seconde sautante, Springmaster, équipée du calibre Chézard

- un chronomètre à remontage manuel

- une montre de plongée automatique avec lunette tournante

1958

En 1959, une expédition du Club Alpin Suisse dans la cordillère des Andes réussit à gravir 19 sommets de plus de 5000 mètres dont 17 premières. Les 11 alpinistes sont équipés de montres Arsa de série, automatique avec date [11]. Les montres pouvaient être signées Arsamatic et elles ont également été commercialisées sous la marque Unitas.

En 1960, ARSA a présenté une montre « électrique » munie du calibre électromagnétique à balancier spiral Landeron 4750. Ces montres sont rares car elles n’ont été produites que sur une très courte période.

Au début des années 1960, avec la fin du statut horloger qui protégeait l’horlogerie en Suisse, des regroupements d’entreprises ont eu lieu. À Tramelan, cela s’est concrétisé dès 1966 par la création de Soprod SA avec l’objectif de rationaliser la production et l’assemblage des montres de 7 entreprises de Tramelan : Arly, Damas, Rila, Dulux, Hoga, ARSA et Spera [11 bis].

En 1967, ARSA a lancé un chronographe étanche, suivi l’année d’après d’une montre de plongée avec boîtier super compressor.

3. Fusion ARSA, Hoga, Damas

Encouragée par l’ASUAG, qui souhaite la création de regroupement d’entreprises pour enforcer leur compétitivité, ARSA fusionne avec deux autres fabriques d’horlogerie de Tramelan, Hoga SA et Béguelin & Cie, montres Damas, en 1972 [12]. Ce regroupement était aussi lié à la prédominance des différentes marques dans le monde : ARSA était bien représentée en Europe, Damas au Moyen-Orient et en Angleterre, et Hoga en Extrême-Orient et aux Etats-Unis [13].

Le groupe lance alors une gamme de montres design et de montres automatiques à affichage numérique, en réponse à l’arrivée des premières montres à quartz à affichage LCD.

1973

Toujours dans l’objectif de rationaliser la production de montres, ARSA rejoint en 1974, avec Arly et Spera, le groupe Micro-Time qui compte déjà 6 entreprises [14].

Le groupe ARSA lance des montres avec boitier en matière synthétique, F-MATH et C-SPORT, et ses premières montres à quartz en 1975.

Damas C-SPORT                                                         Hoga F-MATH

Pendant la « crise du quartz », à la fin des années 1970 et au début des années 1980, ARSA tente de monter en gamme avec des montres à quartz élégantes et une gamme A. Reymond plus luxueuse, mais le groupe fait faillite en 1984.

1977

1975

1977

Les marques du groupe ARSA sont reprises en 1985 par Jämes Choffat SA, société reprise en 1989 par les propriétaires de la fabrique Nitella [15]. La société est alors renommée Auguste Reymond SA.

La marque Auguste Reymond a ensuite été relancée et elle est toujours active aujourd’hui : https://augustereymond.ch/

Voir aussi : DAMAS, HOGA,  Unitas

 

[1] FOSC 1899

[2] Revue Internationale d’Horlogerie, 1903, 11, p. 293

[3] Indicateur Davoine, 1908, p. 507.

[4] Brevet CH 46 211

[5] FOSC 1918

[6] FOSC 1921

[7] FOSC 1923

[8] FOSC 1926

[9] Philippe de Coulon, Les ébauches, 1951, édité par Ébauches SA, pp. 196-197. Rien qu’en 1932, Ébauches SA a également racheté Fleurier, ETA et Peseux…

[10] FOSC 1933

[11] Journal Suisse d’Horlogerie, 1960, 2, p. 242

[11-bis] La Suisse Horlogère, édition hebdomadaire, 1966, 36, p. 1076

[12] Journal Suisse d’Horlogerie, 1972, 3, p. 274

[13] La Suisse Horlogère, édition hebdomadaire, 1973, 34, p. 971

[14] La Suisse Horlogère, édition hebdomadaire, 1974, 48, p. 1449

[15] FOSC 1989

Les archives de la Fédération Horlogère, du Davoine et de l’Impartial sont disponibles en ligne sur www.doc.rero.ch

Les archives du Journal Suisse d’Horlogerie, d’Europa Star, de la Revue Internationale d’Horlogerie et de la Suisse Horlogère sont disponibles sur The Watch Library

Le FOSC (Feuille Officielle Suisse du Commerce) est disponible sur E-periodica

Notes :

Concernant Time To Tell : Time To Tell dispose de l'une des plus grandes bases de données privées numérisées sur l'histoire de l'horlogerie suisse avec plus de 2,3 To de données sur plus de 1000 fabricants de montres suisses. Cette base a été construite sur une période d'une trentaine d'années et continue à être alimentée d'environ 50 à 100 Go de données chaque année. Cette base de données est constituée de documents anciens, en majorité des revues professionnelles suisses, allant de la fin du 19e siècle à la fin du 20e siècle. La plupart de ces documents ne sont pas disponibles sur l'Internet. Les articles historiques publiés sur le site time2tell.com citent toujours les sources utilisées.

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