La véritable histoire de Cyma et de la Tavannes Watch Co.

La véritable histoire de Cyma et de la Tavannes Watch Co.

Cyma

Des millions de montres dans le monde ont porté les noms Cyma et Tavannes, et la Tavannes Watch fut à une époque l’une des plus importantes de Suisse.

Description

Joël Pynson

Première publication : Juillet 2023

Mise à jour : Mai 2025

Il ne reste plus grand-chose aujourd’hui de ce lointain passé, même si les sociétés Cyma et Tavannes Watch existent encore. L’histoire de ces deux sociétés, intimement liées, est difficile à reconstituer [1], car il y avait en fait de multiples sociétés associées avec des administrateurs qui passaient volontiers de l’une à l’autre…

1. Création et progrès : les familles Sandoz et Schwob

Henry Sandoz et Théodore Schwob, vers 1905

Henri Sandoz était un remarquable ingénieur, formé à l’école d’horlogerie du Locle et spécialiste des montres compliquées. Il reprend en 1891 la Fabrique d’horlogerie qui avait été construite par la Bourgeoisie de Tavannes pour y favoriser l’industrialisation de la région [2]. Il y applique les principes de la production en série et un an plus tard l’entreprise compte 60 ouvriers et produit 120 montres à répétition par jour. Il entreprend alors la fabrication en série de la montre simple.

C’est à ce moment que vont intervenir les acteurs majeurs de l’histoire de Cyma : les membres de la famille Schwob [3] de La Chaux-de-Fonds. Les fonds nécessaires à Henri Sandoz pour réaliser ses projets vont en effet lui être apportés par Théodore Schwob et son beau-fils Joseph Schwob [4]. Ce sont de riches négociants, l’un à la tête de la société Schwob Frères, et l’autre à celle qui deviendra Schwob et Cie. La grande force de ces deux sociétés, en dehors d’une forte implication familiale, c’est l’exportation : elles diffusent leurs produits dans tous les pays du monde, sans se faire concurrence, car elles travaillent sur des marchés différents.

C’est ainsi que fut créée la Tavannes Watch Co. en 1894 [5], et qu’Henri Sandoz en fut nommé directeur. Ayant parfaitement compris l’avance qu’avait prise l’industrie horlogère américaine grâce à la mécanisation et à la fabrication en série de pièces interchangeables, Henri Sandoz avait d’abord commandé les meilleures machines américaines pour commencer la production, puis avait instauré dans l’entreprise un département de fabrication de machines qui étaient sans cesse améliorées pour plus de précision et plus d’efficacité [6].

Les montres commercialisées à partir de 1894 s’appelaient Hermosa, Non pareil, Elégante, Advance, Diana, La Tavannes, New-Haven, etc. Il y en avait pour tous les goûts : montres à clé, à remontoir, ancre et cylindre, ou encore genre Boston pour les États-Unis. S’y ajoutait également la distribution des chronographes et répétitions de la Timing & Repeating Watch Co. of Geneva. Rappelons que cette entreprise avait été créée à Genève en 1890 par Prosper Nordmann pour produire des chronographes sous licence Lugrin [7].

1894

Pour toutes ces montres, il faut des boîtes. D’abord importées des États-Unis [8], on décide la construction d’une nouvelle usine pour les produire : elle sera inaugurée en 1897 à Undervelier.

Au tournant du 20e siècle, la Tavannes Watch occupe 300 ouvriers et produit 800 montres par jour [9]. La productivité étant au rendez-vous, l’entreprise réduit le temps de travail de 10 heures à 9 heures par jour en 1902, mais avec certaines limites : « nous espérons voir disparaître les goûters à 10 heures et 4 heures ; les neuf heures devront être consacrées exclusivement au travail, et nous ne voulons pas voir à la fabrique, des ouvriers passer leur temps à satisfaire leur appétit [10]. »

C’est en 1903 qu’est déposée la marque Cyma qui, bien plus tard, sera le nom de l’entreprise. Cyma est en fait le nom d’un calibre fabriqué en grande série et d’un modèle de montre « bon marché et de bonne facture » qui aura un succès considérable. Une version de la montre Cyma a réussi un exploit extraordinaire : un modèle avec seulement 4 rubis (pour l’échappement) a obtenu en 1914 un Bulletin de 1re classe à l’Observatoire astronomique de Neuchâtel [11] !

1905

En 1905 les deux sociétés Schwob inaugurent leurs nouveaux locaux à La Chaux-de-Fonds [12]. C’est l’œuvre remarquable de l’architecte Léon Boillot. Toutes les innovations de l’époque sont présentes : téléphone dans tout l’immeuble, éclairage électrique indirect, ascenseurs, mobilier de type « américain ». Un grand puits de lumière central éclaire tous les bureaux dont les faces en regard sont vitrées. Les visiteurs sont impressionnés : « La famille Schwob compte des membres dans tous les pays du globe, dans tous ceux du moins où l’on peut vendre des montres. Dans les bureaux de vente de la Tavannes Watch Co. on a la sensation d’être en Amérique. Tout tend à créer cette illusion, l’aspect des gens aussi bien que la disposition des bureaux, que les meubles et que l’organisation des services [13]. »

Ce sont alors les fils des créateurs qui dirigent l’entreprise. La Fabrique de Tavannes emploie, elle, 750 ouvriers et produit 1500 montres par jour. La construction d’une extension des bâtiments a commencé. Pour les ouvriers il y a une règle appréciée : la journée de travail est de 9 heures alors qu’elle est de 10 à peu près partout ailleurs, et les samedis après-midi sont libres [14].

Les affaires sont florissantes et la société grandit très vite. En 1908 il y a 900 ouvriers à Tavannes qui produisent 2500 montres/j [15]. Ce sont des montres ancre et cylindre, de 11 à 19 lignes. Il y a aussi des montres de type Roskopf. À Undervelier on compte 120 ouvriers qui produisent 1800 boîtes/j.

La montre du Grand Prix 1910

En 1910 la Tavannes Watch Co. présente une très belle montre à l’Exposition internationale de Bruxelles. Elle est en or avec une boîte carrée richement décorée : une petite sculpture de soldat antique en arme pose fièrement à gauche du cadran, alors qu’à droite on trouve une hallebarde et un blason. C’est l’œuvre du graveur genevois Jacot-Guillarmot [16]. La montre fait forte impression, de sorte que la Tavannes Watch obtient un Grand Prix [17] pour ses montres et une médaille d’or pour ses machines.

1910

1910 est aussi l’année du développement d’un nouveau calibre « extra-plat », breveté, qui est le témoin d’une montée en gamme de la fabrication qui ne se limite désormais plus à la bonne montre bon marché.

Schéma du calibre « extra-plat » de 1910. La roue de centre est supprimée, ce qui permet de diminuer la hauteur et d’augmenter les dimensions du barillet et du balancier pour plus de précision.

L’expansion se poursuit : en 1913, alors qu’Henri Sandoz est remplacé par l’un de ses fils, Henry, à la direction de l’usine, il y a à Tavannes 1200 ouvriers qui produisent 3200 montres/j. À Undervelier on fabrique désormais 2000 boîtes/j [18].

La Tavannes est devenue l’une des plus grandes fabriques d’horlogerie de Suisse. Les ateliers sont régulièrement modernisés, l’électricité est partout, les machines de précision sont fabriquées sur place et sont aussi commercialisées par un département qui prendra le nom de Tavannes Machines. Comme dans plusieurs grosses fabriques d’horlogerie suisses de cette époque, les ouvriers ne sont pas oubliés : d’une à trois semaines de vacances par an en fonction de l’ancienneté, assurance maladie, caisse de prévoyance, home pour les ouvriers avec vaste cantine, salle de lecture, de réception, et une crèche pour les enfants [19].

Vue d’artiste, vers 1914, regroupant les 5 sites de la Tavannes Watch. Ces bâtiments étaient en fait dans des lieux différents.

Henry Sandoz fils est aussi un personnage exceptionnel : il n’a que 35 ans lorsqu’il succède à son père en 1913, et en 1919 il devient membre du Comité central de la Chambre suisse de l’Horlogerie. Il va activement s’impliquer dans la vie de sa commune, dont il devient maire, et dans la vie associative : comité central de la Fédération horlogère, association cantonale des fabricants d’horlogerie, association du Laboratoire de Recherche horlogère de l’Université de Neuchâtel, et surtout, en 1925 il est élu conseiller national à la Chambre du Parlement suisse [20].

En 1914, la Tavannes Watch obtient un nouveau Grand Prix, cette fois à l’Exposition nationale Suisse à Berne.

Lorsque la Première Guerre mondiale commence, La Tavannes Watch, comme de nombreuses autres fabriques d’horlogerie en Suisse, fabrique des armes et des munitions. Ce qui vaudra à l’entreprise d’être boycottée par l’Allemagne en guerre pour cause de fabrication de munitions pour les alliés [21].

La Submarine, première montre-bracelet étanche suisse

La Tavannes Watch a produit vers 1915 une montre étanche qui peut être considérée comme la première montre-bracelet étanche suisse [22]. La datation de cette montre est documentée par des articles parus dans la presse britannique. Ainsi d’après The Horological Journal de décembre 1917, deux officiers de la Royal Navy ont demandé à la Tavannes Watch des montres étanches qui devaient aussi être amagnétiques, insensibles aux variations de température, et bien lisibles avec des chiffres et index luminescents. La Tavannes Watch fabriquait ses mouvements et ses boîtes, elle pouvait donc répondre favorablement à cette demande. De plus elle connaissait les alliages amagnétiques et isochrones puisqu’une montre Cyma avait déjà obtenu un certificat de chronomètre à Neuchâtel.

Crédit David Boettcher

Les montres fournies, baptisées Submarine, répondaient parfaitement au cahier des charges : fond et lunette vissés avec joint, couronne vissée également, ce qui assurait totalement l’étanchéité, cadran noir avec chiffres bien lisibles, index et chiffres luminescents.

Ces montres ont été commercialisées chez Brook & Son, en Ecosse, et un article paru dans The Scotsman le 6 avril 1916, précise que les officiers de la Royal Navy avaient obtenu leurs montres 6 mois auparavant, ce qui permet de les dater à octobre 1915, soit quatre ans avant la montre de Depollier que l’on considère souvent comme la première montre-bracelet étanche.

Les difficultés d’après-guerre vont sérieusement ralentir l’entreprise, mais ne l’abattront pas. Les ingénieurs innovent : un nouveau procédé, introduit en 1921 et révolutionnaire à l’époque [23], évite désormais le fastidieux replantage des pivots. Sur les calibres, les « bouchons » remplacent les chatons, favorisant ainsi l’interchangeabilité : « au lieu de se faire séparément, les trous se font ensemble, à l’étampe, et sont vérifiés ensemble. Le trou de la pierre est pris comme base de la rectification du pourtour [24] ».

La mécanisation atteint des niveaux exceptionnels, les étalons ont désormais la précision micrométrique et les machines sont toujours fabriquées sur place [25].

1922

1937

Une succursale est ouverte au Locle. La marque Cyma est de plus en plus mise en avant. En 1920, les deux sociétés Schwob Frères et Schwob & Cie fusionnent pour donner la Schwob Frères et Cie, SA. La même année, la Tavannes présente de remarquables horloges mères électriques à la Foire suisse de l’Horlogerie [26].

Les montres Cyma des années 1920 sont réputées pour leur bienfacture et pour leur prix abordable. Mais pas pour la diversité de leurs fonctions. Seules les dimensions des calibres sont variables, de même que la forme et la décoration des boîtes. Même la seconde au centre est considérée comme inutile : seule la petite seconde à 6h est parfois proposée.

1929

Les choses vont progressivement changer à partir de 1930, année où est créée la Société des montres Cyma, du fait de la reprise des affaires et surtout, sans doute, du fait de la concurrence.

En 1929 Cyma sort une montre de type Ermeto, baptisée « La Captive », et obtient un nouveau Grand Prix, cette fois à l’Exposition internationale de Barcelone [27].

Dans les années suivantes, des efforts particuliers seront faits sur les designs : montres rectangulaires richement décorées et montres sans aiguille. Un nouveau logo, en forme de 5 stylisé, apparait sur les cadrans vers 1931. Il représente le T de Tavannes, associé aux 5 sites de l’entreprise.

En 1933, Cyma se lance dans la fabrication de pendulettes.

Montre adapté à la ceinture produit par la Tavannes Watch au début des années 1930

La Tavannes Watch fit beaucoup parler d’elle en 1936, du fait de ce qu’on a appelé « l’affaire soviétique [28] ». Les soviets cherchaient en effet à construire en URSS une industrie horlogère et souhaitaient avoir l’appui technologique de la Suisse. En pleine loi sur les Fabriques, qui interdisait toute construction de fabrique d’horlogerie, et avec l’interdiction d’exportation des chablons, la tentative soviétique s’avérait plutôt délicate. De nombreuses voix s’étaient opposées à la visite d’ingénieurs russes qui souhaitaient acquérir des machines pour l’horlogerie. Or, dans le plus grand secret, un projet de contrat pour la fabrication en URSS d’une montre avec calibre 17 lignes rond avait été préparé avec la Tavannes Watch. Mais il fallait l’accord du Département fédéral de l’Économie publique, et l’assentiment de la Chambre suisse de l’horlogerie. Les deux organismes s’opposèrent fermement au projet et « l’affaire soviétique » en restât là.

Toujours en 1936, la Tavannes Watch a présenté à la Foire de Bâle près de 20 calibres différents, dont le 364, calibre de forme 7 ¾ / 11’’’ qui a permis la fabrication d’élégantes montres rectangulaires.

1936

L’année d’après Tavannes a proposé ses premières montres étanches « Watersport », et certaines étaient munies d’un système antichoc développé en interne [29].

La famille Schwob grandit aussi. Certains sont impliqués dans la Tavannes, comme Moïse et Anatole, d’autres participent aux sociétés Schwob comme Arnold, Isaac, Théodore, Georges, Armand, René, Maurice et Raphaël ! El les Schwob sont aussi présents dans d’autres sociétés comme Tavaro à Genève, Tacy Watch à Tavannes, ou la fonderie Boillat à Reconvillier.

Chronographe Tavannes avec boîte étanche, années 1940. On reconnait le logo en forme de 5 stylisé représentant les 5 sites de l’entreprise

1938

Lors de la création des trusts qui vont règlementer la fabrication des montres en Suisse, Cyma n’intègre pas Ebauches SA et reste donc une Manufacture. La société n’aura donc pas accès aux calibres chronographe Vénus et Landeron. Elle lancera de ce fait son premier chronographe en 1938 avec un calibre Valjoux [30]. Ce modèle est proposé en boîte classique et, fait remarquable, également en boîte étanche.

En 1939 Cyma-Tavannes atteint son apogée : il y a 2000 employés qui produisent 4000 montres/j [31]. Les progrès techniques sont axés sur l’étanchéité, l’antimagnétisme, et la résistance aux chocs.

Pendant la 2e Guerre mondiale, Cyma-Tavannes se lance dans la fabrication de réveils qui portent les noms Cyma ou Amic.

Les années d’après-guerre, sont particulièrement actives : lancement des premières montres automatiques en 1947, avec calibre manufacture à masse oscillante, et production en série de chronomètres dûment testés au bureau de contrôle du Locle.

1947

Montre automatique ZenTra-Tavannes. En 1930 Tavannes s’est associé au grossiste allemand Markenuhr pour lui fournir des montres sous la marque ZenTra-Tavannes que ce grossiste vendait en exclusivité. Cette association s’est concrétisée par la création, toujours en 1930, de la Zentra-Tavannes SA.

1951

En 1948, Schwob Frères & Co. SA devient Cyma Watch Co.

La stratégie commerciale de Cyma est essentiellement basée sur l’excellence technique : qualité de la fabrication, robustesse, précision. Il y a une politique de marque, mais pas de politique de modèle. Alors qu’à la fin des années 1940 la plupart des grandes fabriques d’horlogerie suisses ont déjà des modèles à succès, citons la Seamaster chez Omega, la Multifort chez Mido, la Cricket chez Vulcain, ou le Tricompax chez Universal, il faudra attendre 1955 avec la sortie de la montre automatique Navystar, et 1956 avec la montre réveil Time-O-Vox pour que Cyma soit enfin associé à des noms de modèles.

1956

En 1958 Cyma sort un mouvement manufacture automatique à rotor pour montres de dame baptisé Cyma-Autorotor. Le même principe sera adapté sur un calibre pour montres pour hommes, avec ou sans date, l’année d’après.

Ce seront les dernières innovations de Cyma. Aucun nouveau modèle marquant ne sera lancé dans les années 1960. Les causes sont difficiles à déterminer. Il y a toutefois le décès successif des dirigeants : après Anatole et Adrien, Maurice Schwob, président de Tavannes Watch, Tavannes Machines et membre du conseil d’administration de Cyma, meurt en 1959 [32]. On remarque ainsi qu’à partir de 1963 ce n’est plus la famille Schwob qui dirige : la présidence des conseils d’administration est assurée par Charles Veillon et Ami Scholler, même si le capital reste familial [33]. Il y eut aussi le choc concurrentiel du fait de la levée progressive du statut horloger qui protégeait l’industrie horlogère jusqu’au début des années 1960.

Toujours est-il que le 13 octobre 1966, Cyma est absorbé par Chronos Holding [34]. Rappelons que Chronos Holding a été créé en 1966 par la Fédération horlogère suisse et l’ASUAG pour favoriser la concentration des entreprises horlogères et de leurs marques.

Ce rachat signe la fin programmée de la famille Schwob chez Cyma-Tavannes.

2. Période Chronos-Holding

L’intégration dans Chronos Holding va permettre à Cyma d’utiliser les calibres du trust Ébauches SA.

C’est ainsi qu’en 1968 il y aura des Cyma 36 000 avec mouvements à haute fréquence [35]. Ces mouvements avec une fréquence à 36 000 A/h ont été développés à la fin des années 1960 en collaboration avec les Fabriques d’Assortiment Réunies. Ils ont été utilisés par de nombreux fabricants suisses jusqu’au milieu des années 1970 où ils ont été remplacés par les mouvements battant 28 000 A/h.

1971

Mais Chronos Holding va profondément modifier la société ; restructuration de la production, abandon de la production en sous-traitance, et surtout concentration des activités avec les autres sociétés que Chronos Holding va racheter en 1968 pour créer le groupe Synchron : Ernest Borel et Doxa [36]. Pour faire simple, Cyma va vendre des montres automatiques, Borel des montres design, en particulier le modèle à cadran mobile Cocktail remis au goût du jour, et Doxa des montres de plongée.

1973

En 1970 le groupe Synchron a accès au calibre à quartz Bêta du Centre Électronique Horloger. On verra donc des montres à quartz Cyma à un prix qui ne permettait pas de les vendre.

L’année d’après, Ebauches SA décide de convertir l’usine de Tavannes à la fabrication exclusive de réveils et de pendulettes [37]. Les montres sont fabriquées au Locle pour tout le groupe Synchron [38].

En 1972 les beaux bâtiments de La Chaux-de-Fonds, fierté de la famille Schwob, sont cédés à la commune [39].

La restructuration engagée par Synchron est drastique. Depuis sa création le groupe est passé de 450 à 180 employés. Il a perdu la plupart de ses sites de production, dont le plus important, celui de Tavannes. Des 39 calibres dont il disposait, il n’en reste plus que 7 [40].

Le chiffre d’affaires de Synchron, qui a aussi absorbé la Fabrique Auréole, fait illusion en 1972 et 1973, mais ce n’est qu’une façade : les dettes s’accumulent et deviennent colossales : plus de 17 millions de francs en 1976. En 1977 Synchron est en sursis concordataire et en 1978 elle est liquidée [41]. Doxa, Borel et Auréole sont repris par Marcel Aubry qui dirige la Fabrique Ciny au Noirmont, et Cyma est rachetée par Claude Guilgot (Fabrique Delvina à Genève).

3. Période Guilgot

Claude Guilgot a créé Delvina en 1958 à Genève pour y produire des montres ancres économiques [42]. La société a traversé avec succès la « crise du quartz » en s’associant en 1972 avec plusieurs autres fabricants [43] pour sortir une montre à quartz à affichage LCD : la Ditronic [44], puis, en 1974, en s’associant à Buttes Watch, Milus et Pronto pour créer la Sipra SA afin de globaliser les achats et la production de calibres [45].

1982

Claude Guilgot adopte pour Cyma une stratégie originale : proposer des montres à quartz haut de gamme et uniquement sur les marchés qu’il maîtrise bien : Espagne, Orient, Moyen-Orient, Amérique du Sud et États-Unis.

Pour justifier le terme haut de gamme, les montres Cyma sont en acier ou acier et or, le verre est en saphir, et surtout elles sont ultraplates. Pour cela Cyma a développé son propre calibre quartz ultraplat (1,2 mm) en collaboration avec la société PUW en Allemagne [46].

En 1984 l’agence Cyma de New York recrute Hugh Glenn, ancien d’Omega, qui va relancer Cyma aux USA de façon spectaculaire. Cyma se lance également dans les montres joaillerie.

En 1996 les États-Unis représentent 60% du chiffre d’affaires de Cyma qui sort un modèle original, la Golden Duo, qui dispose de deux modules à quartz pour deux fuseaux horaires [47].

En 1998 Cyma adopte le calibre Autoquartz d’ETA qui conjugue quartz et remontage automatique [48].

Très exposée aux États-Unis, Cyma ne survivra pas à la crise de 2008 et au décès de Claude Guilgot en 2010 : en 2011 Cyma est rachetée par le groupe chinois Stelux, déjà propriétaire d’Universal Genève, Solvil & Titus et Pronto. Cyma sera dès lors limité aux marchés asiatiques [49].

1989

À noter enfin qu’en 2008 la marque Tavannes Watch Co a été relancée par la famille Niculescu, Florin Niculescu ayant été Président de Cyma USA en 2006 [50].

 Remerciements : la plupart des archives horlogères ont été consultées au Musée International d’Horlogerie de La Chaux-de-Fonds et je remercie chaleureusement le conservateur du Musée, M. Régis Huguenin et son équipe pour leur accueil.

Les informations concernant le modèle Submarine m’ont été fournies par David Boettcher. Plus de détails sont disponibles sur son site : https://www.vintagewatchstraps.com/tavannes.php

Les archives de la Fédération horlogère, du Davoine et de l’Impartial sont disponibles en ligne sur www.doc.rero.ch

 

[1] L’historique proposé sur le site internet https://tavannes-watch.swiss/about-us/ (consulté en mars 2022) est assez complet

[2] Revue internationale d’Horlogerie, 1923, pp 1 et suivantes

[3] Les Schwob étaient d’origine alsacienne, comme de nombreux entrepreneurs horlogers de La Chaux de Fonds et du Locle, citons par exemple les créateurs des Fabriques Marvin, Movado et Vulcain.

[4] http://judaisme.sdv.fr/synagog/hautrhin/g-p/hegenh/horloge/cyma.htm Consulté en février 2022

[5] C’est finalement l’année 1891, année de début de l’activité à Tavannes, qui sera choisie comme année de création dans les communications ultérieures. La Tavannes Watch Co. ne doit pas être confondue avec la Nouvelle Fabrique de Tavannes, créée en 1902 à Tavannes par des membres de la famille Hirsch.

[6] Revue internationale d’Horlogerie, 1914, p.1023

[7] Joël Pynson, Le chronographe de poche suisse, Editions Chronométrophilia-Simonin, 2015, p. 75

[8] Pierre-Yves Donzé, Les patrons horlogers de La Chaux-de-Fonds, Editions Alphil, 2007, p. 157. Les boîtes américaines « electroplated » étaient bon marché et d’excellente qualité. À la fin du 19e siècle, elles ont même mis en péril de nombreux fabricants de boîtes en Suisse.

[9] La Fédération horlogère, 14 septembre 1899, p.428

[10] La Fédération horlogère, 9 octobre 1902, p.489

[11] Revue internationale d’Horlogerie, 1914, p.1028. L’échappement avait toutefois été modifié : le balancier monométallique avait été remplacé par un balancier compensé, et le spiral était en acier nickel. Ces perfectionnements seront aussi utilisés pour la montre Submarine.

[12] Revue internationale d’Horlogerie, 1905, pp 876 et suivantes

[13] L’Impartial, 10 mars 1906, p.6

[14] La Fédération horlogère, 1908, p.470

[15] Revue internationale d’Horlogerie, 1909, p.598

[16] Revue Internationale d’Horlogerie, 1910, p. 585

[17] Revue internationale d’Horlogerie, 1910, p.585-586

[18] Revue Internationale d’Horlogerie, 1914, p. 1028 et suivantes

[19] Revue internationale d’Horlogerie, 1923, p.21

[20] La Fédération horlogère, 14 novembre 1925, p.847

[21] La Fédération Horlogère, 8 avril 1916, p.181. Le fait que les Schwob aient choisi de ne fournir que les alliés était sans doute lié au fait qu’une partie de la famille était française. De nombreux autres fabricants furent boycottés : citons Movado, Election, Vulcain, Zénith, Le Phare, etc.

[22] Pour une histoire détaillée de cette montre, voir l’excellent article de David Boettcher, disponible sur https://www.vintagewatchstraps.com/tavannes.php

[23] Revue internationale d’Horlogerie, 1923, p.20

[24] Journal Suisse d’Horlogerie, 1938, 11, p. 194 et suivantes

[25] Journal Suisse d’Horlogerie, 1938, pp 194 et suivantes

[26] Revue internationale de l’Horlogerie, 1920, p.1359

[27] La Fédération horlogère, 30 octobre 1929, p. 857. Le brevet de la montre « La Captive » a été déposé en 1928 (CH 137514). Mais les particularités du fonctionnement ont été déposés par le genevois Jean Weil (brevet CH 136713), brevet transmis à Schwob Frères & Cie en 1929.

[28] La Fédération Horlogère, 12 février 1936, p. 33

[29] Brevet CH198769. Ce système sera encore amélioré par la suite et sera baptisé Cymaflex au début des années 1950

[30] Valjoux n’a intégré le trust Ébauches SA qu’en 1944

[31] Journal Suisse d’Horlogerie, 1941, p.53

[32] Revue internationale d’Horlogerie, 1959, 4, p.28

[33] L’Impartial, 30 janvier 1963, p.9

[34] Journal Suisse d’Horlogerie, 1967, 1, p.52

[35] Cyma s’était en fait intéressé aux hautes fréquences dès 1964 en intégrant la Communauté d’Horlogerie de Précision, groupement de fabricants qui s’étaient associés pour mettre en commun les efforts nécessaires à la fabrication et à l’amélioration technique des montres.

[36] Journal Suisse d’Horlogerie 1969, 4, p.402

[37] L’Impartial 17 avril 1970, p.13

[38] L’Impartial 13 novembre 1970, p.3

[39] L’Impartial, 18 février 1972, p.3

[40] L’Impartial, 16 février 1972, p. 5

[41] L’Impartial, 16 février 1978, p.1

[42] L’Impartial, 20 décembre 1984, p.11

[43] Il s’agissait de Buttes Watch, Glycine, Milus et Wyler

[44] Journal Suisse d’Horlogerie, 1972, 3, p.308

[45] La Suisse horlogère, Édition hebdomadaire, 1974, 3, p.73

[46] L’Impartial, 20 décembre 1984, p.11. Ce calibre sera également utilisé par Raymond Weil.

[47] L’Impartial, 25 avril 1996, p.9

[48] L’Impartial, 29 avril 1998, p.14

[49] Stelux Holdings International, Annual Report 2011

[50] https://tavannes-watch.swiss/about-us/ consulté en mars 2022

Notes :

Concernant Time To Tell : Time To Tell dispose de l'une des plus grandes bases de données privées numérisées sur l'histoire de l'horlogerie suisse avec plus de 2,3 To de données sur plus de 1000 fabricants de montres suisses. Cette base a été construite sur une période d'une trentaine d'années et continue à être alimentée d'environ 50 à 100 Go de données chaque année. Cette base de données est constituée de documents anciens, en majorité des revues professionnelles suisses, allant de la fin du 19e siècle à la fin du 20e siècle. La plupart de ces documents ne sont pas disponibles sur l'Internet. Les articles historiques publiés sur le site time2tell.com citent toujours les sources utilisées.

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