La véritable histoire des montres Buren

La véritable histoire des montres Buren

Buren

Comme Rolex ou Britix, Buren (ou Büren) a une origine anglaise. Ce fut une manufacture importante en Suisse et son histoire est jalonnée de modèles remarquables, en particulier dans le domaine de la montre automatique et du micro-rotor. Elle a disparu après son rachat par l’entreprise américaine Hamilton.

Description

Joël Pynson

Décembre 2024

1. De Londres à Büren

H. Williamson Limited était à la fin du 19e siècle un important grossiste de Londres, qui fabriquait aussi des horloges à Coventry [1]. Les montres étaient importées de Suisse, et en 1899 l’entreprise a décidé de les fabriquer elle-même. Pour ce faire H. Williamson a racheté la fabrique F. Suter & Co. à Büren sur Aar [2], entreprise familiale, créée par Fritz Suter en 1873 [3], et dont la production était déjà destinée à l’Angleterre.

La direction de la filiale de H. Williamson ainsi créée est confiée à Fritz Suter fils. L’entreprise grandit rapidement sous sa direction, avec la création de toute une gamme de calibres maison, de 18 à 20 lignes, échappement ancre ou cylindre. En 1904, H. Williamson produit à Büren 500 montres par jour.

1904

Fritz Suter a quitté la société H. Williamson en 1914, pour créer avec son père deux ans plus tard à Bienne la Manufacture d’Horlogerie Hafis [4]. La direction de la filiale est alors confiée à Samuel Tripet [5].

En 1916, H. Williamson ajoute à sa raison sociale la mention Buren Watch Co. qui deviendra plus tard le seul nom de l’entreprise.

1921

La production de montres-bracelets, qui a commencé un peu avant la première guerre Mondiale, augmente pendant les années de guerre.

Vers 1918, la Buren Watch met au point une amélioration technique concernant le sertissage des rubis, qui sont désormais sertis « en bouchons rectifiés ». Cette simplification sera rapidement adoptée en Suisse.

Le Grand Prix à l’Exposition Internationale de Barcelone en 1929

Comme toutes les grandes Expositions Universelles du début du 20e siècle, l’exposition de Barcelone en 1929 eut un retentissement important. La Suisse y était présente, mais c’est avec l’Angleterre que Buren Watch y participa, sous la bannière de H. Williamson [6].

L’Espagne étant un marché important pour Buren, l’exposition des montres et horloges fut soigneusement préparée. Ainsi, une forte loupe permettait d’admirer les différents calibres de montres fabriqués en Suisse. Toutes les montres, pour homme ou pour dame, en métaux précieux, étaient gravées ou émaillées. Deux montres Lépine en or étaient décorées de fonds émaillés extraordinaires : l’une représentait l’Alhembra de Grenade, l’autre la Vierge noire de Montserrat, chère aux catalans.

Les pendules de table ou de parquet étaient tout aussi remarquables, certaines à décor laqué japonisant, d’autres à carillon jouant plusieurs airs, et une reproduction de pendule de hall du 18e siècle, identique à celle possédée par la Reine d’Angleterre.

Le Roi d’Espagne visita longuement le stand Williamson et acheta plusieurs pièces, dont celle de la Reine.

On comprend dès lors que le Grand Prix ne pouvait échapper à la société anglo-suisse [7]…

1930

Pendant la sévère crise économique du début des années 1930, plusieurs sociétés satellites sont créées pour différentes marques comme Rival, Vanburen, Sphynx ou Ready. Certaines de ces marques ont été utilisées, en particulier Rival.

Mais H. Williamson - Buren est en difficulté, et la manufacture se sépare de sa maison mère anglaise pour s’appeler désormais simplement Buren Watch Co en 1932 [8]. C’est à ce moment que les frères Jean et Hans Kocher, récemment entrés dans la société, vont réorganiser l’entreprise.

2. Buren Watch Co et la dynastie Kocher

À partir de la 2e guerre Mondiale, Buren Watch va en effet changer de stature et va devenir une importante manufacture. Une trentaine de calibres sont désormais disponibles et permettent la production d’une grande variété de montres pour dame, pour homme et des montres de poche. Pas de complication chez Buren : les montres sont classiques et de bon goût, et la petite seconde est à 6h. La seconde centrale n’arrivera que vers 1944.

1943

Buren produit également quelques chronomètres, testés au bureau officiel de contrôle de Bienne.

En 1950 les premières complications apparaissent sur les montres : montres automatiques, avec un système original de masse oscillante, et montres calendrier avec jour, mois et phases de lune.

1950

En 1951, les deux fils d’Hans Kocher, Robert et Hans, entrent dans l’entreprise, et Hans Jr va alors avoir un rôle prépondérant.

Hans Kocher fils est un brillant ingénieur, également horloger [9]. Il a fait ses classes chez Cortébert où il était en charge de la conception et de la production des calibres. Chez Buren, il devient directeur technique dès 1952 et s’investit dans la conception de nouveaux calibres automatiques.

1954

En 1953, Buren présente la Rotowind, montre automatique considérée alors comme « la plus petite montre du monde avec réserve de marche [10] ». Le calibre Rotowind existe en effet avec ou sans réserve de marche, avec ou sans aiguille de seconde au centre, et sa petite dimension permettait d’équiper aussi bien des montres pour homme que pour dame.

En 1954, Buren a présenté à la Foire de Bâle une montre à seconde morte [11], mais cette montre ne semble pas avoir été commercialisée.

Hans Kocher poursuit l’étude de la montre automatique sur le plan expérimental. Il remarque ainsi que « la vitesse de remontage des montres automatiques est restée, pendant très longtemps, un mystère non élucidé. (…) Les Italiens parlent avec les mains et remontent donc leur montre cinquante fois plus que les Américains qui, lorsqu’ils mangent, par exemple, ne bougent jamais le bras gauche [12]. » Ces travaux vont lui permettre de déterminer deux types d’impulsion pour la masse oscillante : le changement de position (le porteur calme) et l’accélération (le porteur actif). En optimisant ces deux types de force, il va développer un concept révolutionnaire : placer un petit rotor au sein du mouvement plutôt qu’au-dessus, pour faire des montres les plus fines possibles.

Le brevet [13] sur ce microrotor, ou rotor planétaire, est déposé le 21 juin 1954 et a permis à Buren de lancer en 1958 les montres automatiques les plus plates jamais réalisées : le mouvement de la Buren Super Slender ne faisait que 4,2 mm d’épaisseur.

La Manufacture des montres Universal, qui ignorait les travaux de Buren, a également déposé un brevet sur un microrotor. Buren ayant l’antériorité, Universal accepta de payer une licence de 4- Francs suisses par montre.

1958

En 1965, Buren a conçu un mouvement automatique encore plus fin, l’Intra Matic à micro-rotor, dont l’épaisseur n’était que de 2,85 mm [14] (3,15 mm pour la version avec seconde au centre), nouveau record de minceur.

1965

Le début des années 1960 correspond en Suisse à la fin du statut horloger qui protégeait les fabricants d’horlogerie. Il devient alors possible pour des sociétés étrangères d’acheter des fabricants suisses. C’est ce qui va se passer pour la Buren Watch.

3. Rachat par Hamilton et fin de la Buren Watch

Important producteur de mécanismes d’horlogerie pour l’armée américaine durant la seconde guerre Mondiale, Hamilton s’était ensuite recentré sur l’horlogerie, avec par exemple le développement de la première montre-bracelet électrique en 1957, et avait mené une politique expansionniste [15].

En 1959 Hamilton avait racheté le fabricant suisse Huguenin à Bienne, en 1961 la Standard Time Corp, et en 1966 fit l’acquisition de Buren Watch. Cela donnait à Hamilton l’accès à de remarquables calibres, et en particulier aux calibres automatiques à micro-rotor qui équiperont certaines montres Hamilton.

Bulova, autre entreprise américaine, utilisait certains calibres Buren, et décida alors d’acquérir Universal qui disposait aussi de calibres à micro-rotors. Au départ, les deux structures devaient être maintenues et les montres Buren devaient continuer à être commercialisées sous leur nom. En fait la marque Buren fut vite abandonnée et les montres n’ont conservées que la marque Hamilton.

Les développements techniques se sont toutefois poursuivis chez Hamilton-Buren, avec par exemple la création de Neosonic SA en collaboration avec Certina, Rolex et Roamer pour des recherches sur les calibres électroniques [16], et surtout la collaboration avec Dubois Dépraz pour le développement du célèbre calibre chronographe automatique Chrono-Matic.

Mais la situation économique d’Hamilton s’est dégradée très rapidement. En 1971 la production de montres cesse à la Buren Watch et les locaux sont vendus [17]. Le siège social est transféré à Bienne en 1974 et la société est liquidée la même année [18].

Un article sur les principales montres de la manufacture Buren se trouve ici.

[1] Revue Internationale d’Horlogerie, 1929, p. 313

[2] FOSC 1899

[3] FOSC 1883

[4] FOSC 1916

[5] FOSC 1914

[6] Revue Internationale d’Horlogerie, 1929, pp. 312-313

[7] L’horlogerie suisse n’a pas démérité lors de cette exposition : 7 manufactures ont obtenu un Grand Prix : Zénith, Cortébert, Moeris, Recta, Vulcain, IWC, et les bracelet Gay Frères

[8] FOSC 1932

[9] Hans Kocher, Une vie marquée par des hommes et des montres, 1998, édité par l’auteur, pp. 13-15

[10] Journal Suisse d’Horlogerie, 1953,

[11] Revue Internationale de l’Horlogerie, 1954

[12] Hans Kocher, Une vie marquée par des hommes et des montres, edité par l’auteur, 1998, p. 31 et suivantes

[13] Brevet CH 329804

[14] Journal Suisse d’Horlogerie, 1966, 3, p.401

[15] Journal Suisse d’Horlogerie, 1968,

[16] Journal Suisse d’Horlogerie, 1969

[17] La Suisse Horlogère, édition hebdomadaire, 1971

[18] FOSC 1974

Les archives de la Fédération Horlogère, du Davoine et de l’Impartial sont disponibles en ligne sur www.doc.rero.ch

Les archives du Journal Suisse d’Horlogerie, d’Europa Star, de la Revue Internationale d’Horlogerie et de la Suisse Horlogère sont disponibles sur The Watch Library

Le FOSC (Feuille Officielle Suisse du Commerce) est disponible sur E-periodica

Notes :

Concernant Time To Tell : Time To Tell dispose de l'une des plus grandes bases de données privées numérisées sur l'histoire de l'horlogerie suisse avec plus de 2,3 To de données sur plus de 1000 fabricants de montres suisses. Cette base a été construite sur une période d'une trentaine d'années et continue à être alimentée d'environ 50 à 100 Go de données chaque année. Cette base de données est constituée de documents anciens, en majorité des revues professionnelles suisses, allant de la fin du 19e siècle à la fin du 20e siècle. La plupart de ces documents ne sont pas disponibles sur l'Internet. Les articles historiques publiés sur le site time2tell.com citent toujours les sources utilisées.

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