La véritable histoire des montres Alpina

La véritable histoire des montres Alpina

Alpina

Alpina occupe une place particulière dans l’histoires des fabricants suisses d’horlogerie, car c’était au départ un regroupement d’horlogers détaillants, d’abord en Suisse, puis dans plusieurs pays. Cette structure particulière n’a pas empêché Alpina de produire ses propres montres, avant d’être transformée en société traditionnelle, forme qu’elle a toujours aujourd’hui.

Description

Joël Pynson

Avril 2025

1. Les débuts de la coopérative

« Sous le nom de Schweizerische Uhrmacher-Genossenschaft (Association Horlogère Suisse), il se forme une coopérative d'horlogers dans le but de procurer à ses membres de plus grands avantages professionnels en utilisant les mêmes sources d'approvisionnement, c'est-à-dire de leur permettre d'obtenir des articles de bonne qualité à un prix aussi bas que possible. » C’est ainsi qu’en 1886, Gottlieb Hauser, associé à Erhard Baur, Gottlieb Koblet, Christian Graf-Link et Carl Meyer, a créé à Winterthur, dans le canton de Zurich, la coopérative qui devait devenir Alpina [1]. L’association devait déjà exister depuis quelques années, puisque la date officielle de création est de 1883, soit 3 ans avant son inscription au registre de commerce.

D’après les statuts, tout horloger suisse peut devenir membre, après avoir payé son inscription. Les horlogers étrangers peuvent également s’inscrire mais ne peuvent pas prendre part aux décisions de la coopérative.

En 1890 la coopérative s’installe à Bienne, ville plus propice à l’horlogerie [2].

De très nombreux fabricants d’horlogerie fournissent la coopérative qui propose à ses membres des montres avec la marque Alpina.

À l’Exposition Universelle de Paris en 1900, la coopérative obtient une médaille de bronze pour la qualité de ses montres [3]. La coopérative propose en effet une grande diversité de montres depuis la bonne montre à ancre, jusqu’aux montres de luxe pour dames, en passant par les chronomètres avec bulletin de contrôle et les chronographes.

En 1901, la coopérative devient l’Union Horlogère [4], et de nombreuses filiales se créent, en Suisse, à Genève, et à l’étranger : en Allemagne, en Autriche, en France et au Danemark.

1909

1909

En 1911, la succursale de Genève prend le nom d’Alpina Watch Co. avec comme président Gottlieb Hauser [5].

A noter que la même année se créé à Bienne une autre coopérative, qu’il ne faut pas confondre avec l’Union Horlogère : l’Alliance Horlogère [5]. Cette nouvelle coopérative avait pour président Paul William Brack et utilisait la marque Nomos.

1913

La première Guerre mondiale est un évènement dramatique qui a des conséquences particulières pour l’Union Horlogère, car les filiales se trouvent dans des pays en guerre les uns contre les autres.

De ce fait, la coopérative devient une société anonyme en 1915 [6].

Vers 1915 également, l’Union Horlogère produit ses premières montres-bracelets.

1915

En 1923, la succursale de Genève est fermée.

En 1927, Louis Straub, fabricant d’horlogerie de Bienne, entre au conseil d’administration de l’Union Horlogère [7]. C’est le début d’une décision stratégique : fabriquer ses propres mouvements. Cela se fera en fait en deux étapes.

D’abord, en 1928, l’Union Horlogère s’associe avec la manufacture américaine Gruen pour créer la société Alpina Gruen Guilde [8]. Gruen fabriquait en effet ses mouvements en Suisse depuis 1904, avec le soutien de la célèbre manufacture Aegler qui fabriquait les calibres Rolex. En 1925, Aegler était d’ailleurs devenue Aegler SA, Fabrique des montres Rolex et Gruen Guild [9].

Cela permettait à l’Union Horlogère d’avoir un excellent fournisseur de mouvements, et à Gruen d’avoir un accès plus facile au marché européen.

1932

Cette association durera jusqu’en 1937.

Mais en 1930, Louis Straub modifie sa société Straub & Co. qui devient Fabrique des montres Alpina [10]. Et en 1938, l’Alpina Gruen Guild devient Alpina Union Horlogère avec Gottlieb Fehlmann comme président. C’est la fin de l’association avec Gruen et le début d’une nouvelle ère pour Alpina qui est désormais une manufacture.

2. Alpina Union Horlogère

« L'Alpina Union Horlogère fabrique et achète pour le compte de ses membres, souvent actionnaires, la marchandise dont ils ont besoin.

L'horloger alpiniste (sic) reste en relations plus étroites avec son fournisseur que ce n'est généralement le cas dans des groupements de ce genre. Il a la possibilité, lors des congrès annuels, d'exprimer ses désirs et de s'intéresser à la marche des affaires. Le contact qui s'établit ainsi entre les membres de l'association et la maison mère, les rapproche et leur donne le sentiment de faire partie d'une grande famille d'horlogers.

Ce sentiment de communauté est encore accentué par le fait qu'Alpina vend ses montres, dans les endroits de moyenne et de petite importance, uniquement en exclusivité, et que, dans les grandes villes, on ne trouve qu'un représentant de la marque par quartier [10]. »

C’est ainsi que se présentait Alpina en 1938. Le fait de disposer désormais de ses propres mouvements va permettre à Alpina de lancer des modèles exclusifs avec une spécialisation de plus en plus poussée vers les montres étanches.

En 1938 Alpina lance un nouveau calibre rectangulaire 490 dont le balancier est excentré ce qui est sensé mieux le protéger des chocs éventuels.

1938

Toujours en 1938, Alpina lance le modèle Alpina 4, pour homme et pour dame. C’est une montre étanche, ronde, dotée d’un calibre de 10,5 lignes pour la version homme et 8,75 lignes pour la version dame.

L’année d’après Alpina lance l’Alpina 6, montre rectangulaire étanche dont la boîte est brevetée, et vers 1941 l’Alpina 5, montre rectangulaire étanche pour dame.

1941

1940

1941

Le contrôle de l’étanchéité était pris très au sérieux chez Alpina : les boîtes étaient légèrement chauffées, à la recherche de traces de buée, puis testés dans des appareils à pression et à dépression, puis à nouveau testées pour la buée [11].

1940

En 1947, Alpina lance sa première montre automatique avec un mouvement à masse oscillante, calibre 582. Les montres étaient bien sûr étanches.

1948

1948

Dans les années 1950, Alpina connait une forte croissance, comme d’ailleurs l’ensemble de l’horlogerie suisse. Ainsi, au congrès annuel de 1953, qui a réuni plus de 200 participants représentant 11 nations, plus de 900 modèles de montres ont été présentés ! [12]

En 1958, pour les 75 ans de l’entreprise, Alpina lance un modèle économique à remontage manuel, l’Alpina Standard, et en 1962 un modèle très fin appelé Miniplan.

1958

1962

D’autres modèles sont lancés dans les années 1960, comme l’Alpina carré ou la Stratomatic.

1966

1967

Mais le modèle économique d’Alpina s’essouffle, peut-être du fait de la forte concurrence sur les marchés internationaux et de la difficulté d’innover dans les nouvelles technologies comme l’électronique et les nouveaux matériaux.

En 1970, Straub & Co. cesse de produire en exclusivité les mouvements Alpina, et en 1971 Alpina cesse d’être une coopérative et devient une simple société anonyme sous le nom Alpina Watch SA [13].

3. D’Alpina Watch International au groupe Citizen

La société change de nom en 1973 pour Alpina Watch International [14].

La société est relancée avec des montres au design très classique, à quartz et mécaniques.

1974

1976

Mais l’entreprise ne résiste pas à la « crise du quartz » et cesse ses activités au début des années 1980.

La marque est rachetée en 2002 par la société Frédérique Constant qui la relance avec succès [15]. Frédérique Constant et Alpina font aujourd’hui partie du groupe Citizen.

 

Les modèles intéressants de la période « manufacture » d’Alpina se trouvent ici.

Le site internet actuel d’Alpina peut être consulté ici.   

 

[1] FOSC 1886

[2] FOSC 1890

[3] La Fédération Horlogère, 1er novembre 1900, p. 544

[4] FOSC 1901

[5] FOSC 1911

[6] FOSC 1915

[7] FOSC 1927

[8] FOSC 1929

[9] FOSC 1925

[10] Journal Suisse d’Horlogerie, 1938, 7-8, pp. 134-135

[11] Journal Suisse d’Horlogerie, 1942, 1-2, pp. 37-38

[12] Journal Suisse d’Horlogerie, 1953, 7-8, p. 268

[13] FOSC 1971

[14] FOSC 1973

[15] Europa Star Europe, 2003, 260, 4/6, p. 28

Notes :

Concernant Time To Tell : Time To Tell dispose de l'une des plus grandes bases de données privées numérisées sur l'histoire de l'horlogerie suisse avec plus de 2,3 To de données sur plus de 1000 fabricants de montres suisses. Cette base a été construite sur une période d'une trentaine d'années et continue à être alimentée d'environ 50 à 100 Go de données chaque année. Cette base de données est constituée de documents anciens, en majorité des revues professionnelles suisses, allant de la fin du 19e siècle à la fin du 20e siècle. La plupart de ces documents ne sont pas disponibles sur l'Internet. Les articles historiques publiés sur le site time2tell.com citent toujours les sources utilisées.

Time To Tell est une société privée, indépendante de tout fabricant d'horlogerie.

©Time To Tell, 2025

Reproduction interdite sans autorisation.

Toute utilisation de cet article par une intelligence artificielle est strictement interdite et sera considérée comme une atteinte aux droits d’auteur.

Détails du produit

Product added to wishlist

Nous utilisons des cookies afin de fournir une expérience utilisateur conviviale. En naviguant sur ce site, vous acceptez la politique d'utilisation des cookies.