La véritable histoire des montres Montilier

La véritable histoire des montres Montilier

Montilier

Assez éloigné des régions horlogères des montagnes neuchâteloises et de Bienne, la manufacture de Montilier a pourtant réussi à devenir une importante fabrique de montres occupant plusieurs centaines d’horlogers. Elle a disparu dans les années 1960.

Description

Joël Pynson

Mai 2025

1. Création au bord du lac de Morat

Le lac de Morat fait partie du Seeland, cette région de Suisse qui comprend les lacs de Neuchâtel, de Morat et de Bienne. Morat est excentré par rapport à la région horlogère qui court de Bienne au Locle. C’est pourtant là, venant de La chaux-de-Fonds, que s’est installé comme horloger Etienne-Ovide Domon en 1851 [1].

En 1852, il créé à Montilier, petit village tout près de Morat, une fabrique d’horlogerie, au départ spécialisée dans les boîtes de montres, sous le nom Domon & Cie.

En 1864 Etienne-Ovide transmet sa société à son fils Ovide et à son associé Constantin Dinichert. La société devient Domon Fils et Dinichert. Elle produit alors des ébauches, des montres, et dispose même d’une fonderie de bronzes. La société fournit en montres des négociants de la Chaux-de-Fonds qui les distribuent dans le monde entier.

1871

En difficulté dans les années 1870, la fabrique est reprise en 1876 par une société de La Chaux-de-Fonds, probablement créée par certains de ses clients importants, la Société suisse d’Horlogerie [2]. On trouve par exemple comme actionnaire de cette société les négociants Lucien et Léon-Louis Gallet.

La Fabrique de Montilier devient ainsi une succursale de la Société suisse d’horlogerie, et Constantin Dinichert en devient le directeur.

2. Société suisse d’Horlogerie, Fabrique de Montilier

En 1882, le fils de Constantin Dinichert, Constant, entre dans l’entreprise. C’est un horloger talentueux qui va rapidement prendre la direction technique de la manufacture. À cette époque, la fabrique occupe plus de 500 ouvriers et produit plus de 120 000 pièces par an [3]. On note même la fabrication de boîtes en aluminium et en matière plastique (celluloïd) !

1899

En 1904 Constant Dinichert fils prend la direction de la manufacture.

1908

En 1917 la fabrique de Montilier n’est plus une succursale mais la société principale, avec siège à Montilier.

La manufacture se met tardivement, dans les années 1920, à la production de montres-bracelets, mais en 1931 lance un modèle très original, Notora, avec un petit rouleau de papier permettant de prendre des notes manuscrites.

1931

1929

1931

En 1934, deux nouveaux membres de la famille Dinichert entrent dans la manufacture : Roger et Charles. Mais les temps sont difficiles et la société décide sa dissolution, pour repartir sur de nouvelles bases, sous le nom Compagnie des montres Montilier SA (Montilier Watch Co.) [4].

3. Montilier Watch Co.

De nombreux nouveaux modèles de montres sont alors lancés. Ils sont plus modernes : certains sont étanches et munis d’un antichoc.

1941

1941

C’est en 1946 que Montilier va lancer son modèle le plus remarquable : le Montilier Telefoot, breveté en 1945 [5].

1946

Le Montilier Telefoot est une montre Stop-en vol. Le poussoir unique permet le retour à zéro de l'aiguille centrale qui ne décompte pas les secondes mais les minutes. L'échelle de temps en périphérie du cadran met en avant les quarante-cinq premières minutes, rappelant la durée des mi-temps des matchs de football. Le mouvement est un calibre Montilier.

Au début des années 1950, Montilier cesse d’être une manufacture. On voit en effet apparaitre des montres automatiques et des chronographes sur base Ébauches SA.

1952

Montilier utilise également la marque Morex, et au début des années 1950 l’entreprise se lance dans une étonnante diversification : la fabrication d’automates. Il s’agissait en fait d’automates conçus par Roger Reymond à Genève, montrant différents corps de métier, horloger, opticien, cordonnier, etc. Ces automates pouvaient être exposés dans la vitrine des magasins.

1953

1953

Les automates Roger Reymond à Genève [6]

Roger Reymond était un ingénieur et un inventeur remarquable qui a déposé dans les années 1930 et 1940 de nombreux brevets, en particulier dans le domaine médical.

Il avait aussi une passion pour les miniatures et les automates. Il a par exemple réalisé des usines en miniature d’une grande précision, comme une aciérie, une fabrique d’automobile, une chocolaterie. Des paysages miniatures aussi, comme la rade de New-York ou le célèbre navire Fram en expédition au pôle nord.

Il s’agissait là de pièces uniques, mais dans les années 1940, Roger Reymond s’est associé à la célèbre fabrique de boîtes à musique Reuge & Cie, à Ste Croix pour produire en petite série des automates musicaux : pianistes, joueurs de guitare ou de cornemuse, ou danseuses en musique.

Enfin, la fabrication d’automates montrant différents corps de métier a été assurée dans les années 1950 par la fabrique de Montilier.

En 1955, Montilier lance un nouveau modèle [7]. Il s’agit d’une montre avec affichage 24h. Mais l’entreprise est en difficulté et elle décide sa dissolution en 1964 [8].

[1] Journal Suisse d’Horlogerie, 1952, 9-10, pp. 334-335, et Journal Suisse d’Horlogerie, 1880, 4, pp. 76-77

[2] FOSC 1883 et 1885

[3] https://www.laliberte.ch/articles/regions/quand-montilier-produisait-des-montres-840491

[4] FOSC 1936

[5] Brevet CH 247 271

[6] Journal Suisse d’Horlogerie, 1946, 7-8, pp. 385-388

[7] Un modèle similaire a également été lancé par Miramar SA à Genève la même année

[8] FOSC 1964

Notes :

Concernant Time To Tell : Time To Tell dispose de l'une des plus grandes bases de données privées numérisées sur l'histoire de l'horlogerie suisse avec plus de 2,3 To de données sur plus de 1000 fabricants de montres suisses. Cette base a été construite sur une période d'une trentaine d'années et continue à être alimentée d'environ 50 à 100 Go de données chaque année. Cette base de données est constituée de documents anciens, en majorité des revues professionnelles suisses, allant de la fin du 19e siècle à la fin du 20e siècle. La plupart de ces documents ne sont pas disponibles sur l'Internet. Les articles historiques publiés sur le site time2tell.com citent toujours les sources utilisées.

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