La véritable histoire de Bovet Frères et Cie à Fleurier

La véritable histoire de Bovet Frères et Cie à Fleurier

Bovet

Bovet est un nom illustre dans l’horlogerie suisse : on le cite comme l’un des pionniers de la montre chinoise au 19e siècle. Ici il s’agit d’une autre branche des Bovet qui s’est fait un nom à Fleurier dans le domaine du chronographe.

Description

Joël Pynson

Juin 2025

1. Des frères Landry aux frères Bovet

Ulysse-Alexis Landry a créé sa fabrique d’horlogerie à Fleurier, dans le Val-de-Travers, en 1890 [1].

En 1898, il s’associe avec ses frères Alcide-Edouard, Eugène William et Paul-Henri, sous le nom Landry frères et Cie [2].

L’association sera de courte durée : en 1901 Ulysse-Alexis et Paul-Henri restent seuls sous le nom Landry et Cie, successeurs de Landry frères et Cie, et les deux autres frères créent leur propre société en 1904 [3].

En 1916, Ulysse-Alexis s’associe avec Albert Bovet-Bolens et la société devient Landry et Cie. [4]. En 1918 Albert et Jean Bovet prennent la suite avec William Jacque sous le nom Bovet Frères et Co., successeurs de Landry et Co., et finalement en 1924 l’entreprise devient une SA sous le nom Bovet Frères & Co. SA [5].

2. Bovet Frères & Co.

La fabrique des frères Bovet est une manufacture, produisant des calibres ronds et de forme. Elle utilise souvent la marque Mathema, et, Fleurier oblige, elle a des agents en Chine.

1928

1924

1930

Pendant la sévère crise économique de la fin des années 1920, Bovet Frères cède sa fabrique d’ébauches à Ébauches SA et cesse donc d’être une manufacture. Mais cela n’empêche pas l’entreprise de développer ses propres modifications sur les calibres d’Ébauches SA, comme par exemple une montre de poche calendrier brevetée en 1932 [6].

1933

Comme Bovet peut utiliser les calibres Ébauches SA, l’entreprise va lancer toute sorte de montres, en particulier des chronographes et des compteurs dès 1933. Les chronographes vont devenir une spécialité de la maison dès 1935 avec le lancement du célèbre chronographe mono-rattrapante.

Bovet Frères a en effet créé la surprise en 1935 en proposant « le chronographe à 4 temps avec remise en marche facultative. » Son fonctionnement peut être décrit de la façon suivante : « Il s'agit d'une nouvelle application technique aussi simple que pratique permettant d'obtenir du chronographe habituel une fonction supplémentaire, c'est-à-dire la remise en marche facultative, après arrêt, sans retour à zéro. En effet, par une modification ingénieuse de la forme de l'extrémité du levier qui actionne le cliquet, on peut à volonté ramener la roue à colonnes à son temps primitif en la faisant reculer d'un pas. Le chronographe mis à l'arrêt, on peut donc le remettre en marche, ou actionner le retour à zéro à volonté et ceci avec le seul et même poussoir. Les trois temps ordinaires se font comme d'habitude, c'est-à-dire par pression sur le poussoir, tandis que la remise en marche facultative se fait au moyen du retrait du poussoir vers l'extérieur, celui-ci étant muni d'une plaquette cannelée permettant la dite fonction avec toute facilité [7]. »

1935

L'idée vient en fait de Charles Jeanrenaud, de Fleurier, qui l'a brevetée en mars 1935 [8]. Charles Jeanrenaud était peut-être lié à la famille Bovet puisqu'un autre brevet porte le nom Charles Jeanrenaud-Bovet. L'association du nom de l'épouse à son patronyme était courante en Suisse à cette époque.

Mais Bovet ne va pas s'arrêter en si bon chemin. L'année d'après, en 1936 et toujours sur la base d'un brevet de Jeanrenaud, sort un surprenant chronographe à rattrapante : « Jusqu'à ce jour, on connaissait seulement la rattrapante à 2 aiguilles, dont la fabrication était la spécialité de quelques maisons étant donné les difficultés de mise au point ; encore s'agissait-il uniquement de calibres de grand diamètre pour montre de poche. Le système que nous avons sous nos yeux est totalement nouveau ; une seule aiguille fait office de chronographe et de rattrapante et son adaptation à la montre-bracelet depuis 13 lignes en fait la montre de sport par excellence ; il comble d'ailleurs une lacune du chronographe habituel qui, après arrêt, ne peut être utilisé qu'une fois remis au point [9]. »

1938

1939

1941

Il y a toutefois un inconvénient à ce système basé sur un astucieux ressort spiral monté sur la roue sur champs ou roue de menée : le temps d'arrêt de l'aiguille des secondes pendant la fonction rattrapante ne peut excéder une minute : au-delà c'est l'ensemble de la montre qui s'arrête. C'est peut-être pour cette raison que le mot « chronographe rattrapante » qui apparaît sur les premiers modèles, fut remplacé vers la fin de 1938 par le terme « mono-rattrapante », terme sous lequel on connaît ce chronographe aujourd'hui.

Le Mono-rattrapante Bovet fut au départ développé sur des calibres Landeron de 15, 14 et 13,5 lignes [10], mais il fut ensuite adapté sur un calibre Valjoux, le 84, réservé à Bovet. On peut également le trouver sous les marques Lowenthal ou Recta. Recta était une manufacture, créée à Bienne en 1897 par Alcide Vaucher et Antoine Muller, mais elle ne produisait pas de chronographe. L’accord avec Bovet fut réalisé par Maurice Vaucher, fils d’Alcide, et personnage important car il était également Président de la Fédération Horlogère.

3. La compagnie des montres Favre-Leuba

En 1945, Henry-Auguste Favre, qui avait créé un an auparavant à Genève la Compagnie des Montres-Favre-Leuba, entre au conseil d’administration de Bovet Frères & Co. [11]. C’est en fait le début d’une prise de contrôle qui sera actée dans les années suivantes.

Bovet devient ainsi la marque « technique » de Favre-Leuba avec une gamme de chronographes et de montres-calendrier.

1950

1951

Mais la marque Bovet est de moins en moins utilisée, et elle est abandonnée en 1969 lorsque Bovet Frères devient Favre-Leuba, Fabrique de Fleurier [12].

 

[1] FOSC 1890. Officiellement c’est la date de 1888 qui a été retenue.

[2] FOSC 1898

[3] FOSC 1901 et 1904

[4] FOSC 1916

[5] FOSC 1918 et 1924

[6] Brevet CH 161 356

[7] Revue Internationale de l'Horlogerie, 1935, 12, p. 143

[8] Brevet CH 182 127

[9] Revue Internationale de l'Horlogerie, 1936, 21, p. 291

[10] Journal Suisse d'Horlogerie, 1938, 11-12, p. 229

[11] FOSC 1945

[12] FOSC 1969

Notes :

Concernant Time To Tell : Time To Tell dispose de l'une des plus grandes bases de données privées numérisées sur l'histoire de l'horlogerie suisse avec plus de 2,3 To de données sur plus de 1000 fabricants de montres suisses. Cette base a été construite sur une période d'une trentaine d'années et continue à être alimentée d'environ 50 à 100 Go de données chaque année. Cette base de données est constituée de documents anciens, en majorité des revues professionnelles suisses, allant de la fin du 19e siècle à la fin du 20e siècle. La plupart de ces documents ne sont pas disponibles sur l'Internet. Les articles historiques publiés sur le site time2tell.com citent toujours les sources utilisées.

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