La véritable histoire des montres Driva

La véritable histoire des montres Driva

Driva

Cet établisseur de La Chaux-de-Fonds s’est rendu célèbre en 1937 en lançant la première montre-bracelet répétition fabriquée en série, et dans les années 1970 par des « concept-watches » très en avance sur leur temps.

Description

Joël Pynson

Juin 2025

1. Création à La Chaux-de-Fonds

La Compagnie des Montres Driva a été créée à La Chaux-de-Fonds en 1924 par Louis-René-Henri Hirsch [1]. La famille Hirsch est une ancienne famille venue d’Alsace, et le patriarche, Achille Hirsch, avait déjà créé plusieurs fabriques d’horlogerie.

Driva est un fabricant généraliste produisant toutes sortes de montres-bracelets, y compris des chronographes. C’est aussi un créateur de modèles originaux comme la montre-briquet à remontoir automatique, qui sera commercialisée dès 1931 par Herman Thorens à Sainte-Croix, ou la montre de type Ermeto, Fantasio, lancée l’année d’après.

1927

1931

1931

1931

1932

Le coup d’éclat de Driva survient en 1937 avec le lancement de la Driva-Repeater, première montre-bracelet répétition fabriquée en série.

Voilà comment était présentée cette montre lors de son lancement [2] :

« Cette maison présente la première montre-bracelet avec sonnerie des heures et des quarts. On conçoit facilement que l'introduction d'un tel mécanisme dans une montre-bracelet pose des problèmes techniques assez délicats, d'autant plus qu'il s'agit de réaliser un mécanisme de sonnerie robuste et relativement simple, se prêtant à la fabrication mécanique. Le mouvement d'horlogerie, forme tonneau 15.50 sur 24 mm (7-11 1/2 lignes) porte une platine supplémentaire de forme rectangulaire de 20 sur 28 mm, qui reçoit les organes du mécanisme de sonnerie. La hauteur totale du mouvement est de 6 mm. Le timbre, qui affecte la forme tonneau, entoure le mouvement sur les ¾ de son pourtour. La sonnerie des quarts se distingue de celle des heures par la frappe de 2 coups plus rapproches sur le même timbre.

Le dispositif de sonnerie, très ingénieusement conçu, assure les sonneries avec un minimum d'organes dont les fonctions ne sont pas plus délicates que celles d'une répétition de montre de poche. C'est là le point essentiel de cette construction, qui se distingue par la simplicité et la robustesse de ses organes, tout en conservant à la montre-bracelet un format normal. »

1937

Driva poursuit son développement avec le lancement de nombreux modèles, en particulier une gamme de montres étanches.

1938

En 1939, Louis-René-Henri Hirsch décide transférer son entreprise à Genève [3].

2. Driva Genève

Au cours des années 1940, Louis-René-Henri Hirsch s’installe à New-York, et c’est désormais Félix Hirsch qui dirige l’entreprise [4]. De nombreux modèles, très classiques, sont lancés.

1939

1943

En 1951, Roland Hirsch entre au conseil d’administration de l’entreprise.

1953

1953

Félix Hirsch décède en 1953 et l’entreprise périclite rapidement.

En pleine « crise du quartz », Roland Hirsch tentera une relance en 1976 avec des montres électroniques extraordinaires pour l’époque ; montres à quartz solaire avec calculatrice, et une incroyable montre avec calculatrice, radio et télévision !

On peut toutefois douter des fonctionnalités réelles de ces montres. Il n’y avait probablement pas de technologies de ce type disponible en Suisse : les modules électroniques venaient à cette époque des Etats-Unis [5]. La miniaturisation de l’écran de télévision en particulier était impossible en 1976. Il s’agissait donc plutôt de « concept watches », destinées peut-être à relancer la marque.

Le point final pour l’entreprise aura lieu en 1988 avec le lancement de la Mediwatch, montre à quartz très simple, avec sur le cadran les différents organes du corps et l’heure à laquelle il faut en prendre soin selon la médecine chinoise traditionnelle ! Triste fin pour une fabrique d’horlogerie traditionnelle.

1988

[1] FOSC 1924

[2] Journal Suisse d’Horlogerie, 1937, 1-2, p. 46

[3] FOSC 1939

[4] FOSC 1944

[5] Joël Pynson, La « crise du quartz » et l’horlogerie suisse, Chronométrophilia, 2021, pp. 97-116

Le FOSC (Feuille Officielle Suisse du Commerce) est disponible sur E-periodica

Notes :

Concernant Time To Tell : Time To Tell dispose de l'une des plus grandes bases de données privées numérisées sur l'histoire de l'horlogerie suisse avec plus de 2,3 To de données sur plus de 1000 fabricants de montres suisses. Cette base a été construite sur une période d'une trentaine d'années et continue à être alimentée d'environ 50 à 100 Go de données chaque année. Cette base de données est constituée de documents anciens, en majorité des revues professionnelles suisses, allant de la fin du 19e siècle à la fin du 20e siècle. La plupart de ces documents ne sont pas disponibles sur l'Internet. Les articles historiques publiés sur le site time2tell.com citent toujours les sources utilisées.

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