La véritable histoire des montres Agon et de l’âge d’or des montres Roskopf

La véritable histoire des montres Agon et de l’âge d’or des montres Roskopf

Agon

Agon a été l’un des plus gros fabricants de montres suisses. Mais il s’agissait de montres de type Roskopf, populaires mais peu estimées par les fabricants de la « belle montre suisse à ancre ». Comme tous les fabricants de ce type de montres, Agon n’a pas survécu à la « crise du quartz »

Description

Joël Pynson

Juillet 2025

1. La dynastie Triebold

Robert Triebold a créé sa fabrique d’horlogerie à Mumpf en 1937 [1]. Mumpf est située tout au nord de la Suisse, à la frontière avec l’Allemagne qui est juste sur l’autre rive du Rhin. Ce n’est pas considéré aujourd’hui comme une région horlogère. C’est pourtant là que pendant une bonne partie du 20e siècle ont été fabriquées des millions de montres, oubliées aujourd’hui, les « Roskopf ».

Les montres Roskopf doivent leur nom à Georges-Frédéric Roskopf, horloger d’origine allemande, qui, en 1867, avait créé une montre simplifiée et très bon marché qu’il avait appelée « La Prolétaire », et qui avait eu un succès considérable. De très nombreux fabricants s’étaient alors lancés dans la fabrication de ce type de montres en Suisse, et ce d’autant qu’il n’y avait pas encore de protection des inventions en Suisse à cette époque [2].

1894

Les premières montres Roskopf n’avaient pas de rubis, pas plus que l’échappement où les rubis étaient remplacés par des goupilles ou chevilles. Avant la 2ème Guerre Mondiale, les montres Roskopf avaient toutefois considérablement progressé, avec pour certains mouvements un empierrage des pivots et l’utilisation de ressorts de bonne qualité. La différence principale par rapport à la montre à ancre classique était en fait l’utilisation de l’échappement à goupilles.

Du fait du statut horloger, introduit en Suisse à la suite de la crise des années 1920-1930, les fabricants de montres Roskopf n’avaient pas le droit de fabriquer des montres à ancre. C’est pour cela qu’ils s’étaient attachés à améliorer leur qualité de fabrication, de sorte que la montre Roskopf était devenue parfaitement fiable, tout en conservant un prix très compétitif.

En 1949, la fabrique de Robert Triebold devient Agon Watch [3]. C’est une fabrique de montres Roskopf, mais aussi une entreprise de terminage, qui assemble donc des montres pour d’autres fabricants.

C’est à partir des années 1950 que la fabrique va connaître un essor considérable. La demande en montres économiques est en effet très forte, en particulier aux Etats-Unis où ce type de montres se vend en masse en dehors des circuits traditionnels, dans des magasins généralistes et par correspondance.

C’est aussi dans cette période qu’arrive la deuxième génération des Triebold : Eddie, qui devient directeur, et Othmar qui prend la direction technique |3].

1955

Les nouveaux modèles vont sortir à un rythme rapide et vont suivre l’évolution technique de la montre Roskopf : dès le début des années 1960, des montres calendrier, des montres automatiques, sous le nom Chromatic, des montres de plongée en 1964, des montres avec calendrier jour et date la même année, etc.

1961

1961

1964

1964

1964

1967

En 1963, Agon a une succursale à Cornol, emploie 160 personnes et produit plus d’un million de montres par an, qui sont commercialisées dans près de 60 pays [3]. Avec la fin du statut horloger au milieu des années 1960, Agon peut aussi produire des montres à ancre classique.

Mais la concurrence étrangère devient très forte pour la montre économique. Certains pays, comme la France avec Mortima, ont désormais leurs propres fabriques de montres Roskopf, mais il y a surtout un géant aux Etats-unis : Timex. En 1963, Timex a vendu plus de 8 millions de montres dans le monde, et plus de 12 millions deux ans plus tard [2].

En 1967, les quatre plus importantes fabriques suisses de montres Roskopf décident alors d’unir leurs efforts et créent Economic Swiss Time Holding : il s’agit de Buler, Ferex, Basis et Agon [4].

2. Economic Swiss Time Holding (ESTH)

Les objectifs d’ESTH sont simples : rationaliser la production, assurer un bon service après-vente, et conquérir de nouveaux marchés.

Le groupe dispose de plusieurs centres de production qui sont modernisés : Mumpf, Rheinfelden, Bâle, Cornol et Tavannes. Dans le même temps, les fabricants d’ébauches Roskopf, en particulier les Ébauches Bettlach qui font partie d’Ébauches SA, proposent de plus en plus de mouvements spécialisés, automatiques, réveil et chronographes.

Les lancements de modèles sont donc nombreux dans le groupe et les affaires sont florissantes. En 1970, la production totale du groupe atteint 5 millions de pièces.

Chez les fabricants de montres à ancre, on commençait à s’agacer de ces croissances à deux chiffres, et ce d’autant que Timex prenait de plus en plus de part de marchés dans le monde. Ceci explique que la SSIH (Omega-Tissot-Lémania) ait décidé en 1971 de racheter ESTH afin d’élargir ses gammes du côté de la montre économique [5]. Economic Swiss Time Holding devient alors simplement Economic Swiss Time [6}.

3. Economic Swiss Time (EST)

Othmar Triebold intègre le conseil d’administration d’EST et la marque Agon est maintenue. Les modèles se succèdent, mécaniques d’abord, puis à quartz, dès 1976 et sous les noms Atronic et Cosmotron, lorsque le prix des modules quartz a permis de faire des montres à prix compétitif.

1973

1974

1976

1977

1977

1978

À la fin des années 1970 EST produit près d’un million de montres à quartz par an [7], mais la chute des prix des montres à quartz américaines puis asiatiques, couplée avec l’enchérissement du franc suisse par rapport aux autres monnaies internationales, ne permet pas à l’industrie de la montre économique suisse de survivre.

En 1981, la SSIH cède Economic Swiss Time à Reinhard von der Crone, qui n’utilisera pas la marque Agon [8]. Economic Swiss Time a fait faillite en 1995.

[1] FOSC 1937

[2] Pour plus d’informations sur les montres-bracelets Roskopf, voir Joël Pynson, La montre-bracelet Suisse, Éditions Time To Tell, 2024, pp. 268-271

[3] Europa Star, 1963, 24, 5, pp. 108-111

[4] Journal Suisse d’Horlogerie, 1967, 4, p. 447

[5] Journal Suisse d’Horlogerie, 1971, 1, p. 138

[6] FOSC 1971

[7] Europa Star Europe, 1989, 3, p. 82

[8] FOSC 1981

Le FOSC (Feuille Officielle Suisse du Commerce) est disponible sur E-periodica

Notes :

Concernant Time To Tell : Time To Tell dispose de l'une des plus grandes bases de données privées numérisées sur l'histoire de l'horlogerie suisse avec plus de 2,3 To de données sur plus de 1000 fabricants de montres suisses. Cette base a été construite sur une période d'une trentaine d'années et continue à être alimentée d'environ 50 à 100 Go de données chaque année. Cette base de données est constituée de documents anciens, en majorité des revues professionnelles suisses, allant de la fin du 19e siècle à la fin du 20e siècle. La plupart de ces documents ne sont pas disponibles sur l'Internet. Les articles historiques publiés sur le site time2tell.com citent toujours les sources utilisées.

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