La véritable histoire de Cattin & Cie, montres Mortima

La véritable histoire de Cattin & Cie, montres Mortima

Mortima

Une fois n’est pas coutume, voici l’histoire d’une manufacture non pas suisse, mais française. Pas n’importe laquelle : elle a produit dans les années 70 jusqu’à 2 millions de montres par an, et a conçu des montres au design unique qui ravissent les collectionneurs d’aujourd’hui.

Description

Joël Pynson

Août 2025

1. Émile Cattin

L’histoire de Mortima commence avec Émile Cattin qui ouvre un atelier de terminage à Morteau en 1929 [1]. Les ébauches, de type Roskopf, proviennent de Suisse. L’activité est en suspend pendant la 2e Guerre Mondiale et reprend après-guerre.

Mais les difficultés d’importation poussent Émile Cattin à produire ses propres ébauches dès 1947. L’intégration va alors se poursuivre avec la production en interne des cadrans, d’une partie des boîtes et des assortiments. En 1952, Cattin & Cie occupe 80 personnes [1] et commercialise ses montres à ancre à chevilles sous le nom Milca.

1957

1956

1960

La marque Mortima est déposée en 1957.

2. Mortima

En 1960 Cattin occupe 120 personnes, produit 360 000 montres/an, et compte pour près de 80 % des exportations françaises de montres Roskopf.

Les calibres sont de bonne qualité malgré l’absence d’ancre classique : 17 ou 21 rubis, antichoc et version avec date par guichet appelée Superdatomatic.

Une nouvelle usine est inaugurée en 1962 pour augmenter la production. Des montres de plongée et des montres de dame apparaissent en 1965.

1964

1966

1968

À partir de la fin des années 1960 le nombre de modèles va devenir impressionnant, à l’instar de ce qui peut être observé en Suisse dans l’industrie de la montre Roskopf. Les montres économiques sont en effet très demandées et la concurrence est sévère, en particulier du fait du succès des montres américaines Timex.

La créativité de Mortima ne faiblit pas : montres avec thermomètre, avec éclairage électrique, nombreuses montres de plongée, montres élégantes, montres-bijoux, le tout à des prix à la portée de tous.

1970

1973

En 1971, la production atteint 1 million de montres par an.

Mortima et les montres à quartz

Avec l’arrivée des premières montres à quartz au début des années 1970, les fabricants de montres françaises se sont mobilisés pour avoir leur propre source d’approvisionnement.

La Société d’Études pour la Montre Électronique (Montrelec) est créée en 1971 avec Thomson-CSF, la Socrem (Jaz, Portescap, Horlogerie de Savoie), France-Ébauches, Cattin & Cie, Cupillard-Rième, Finor et Yema [2].

Les premiers prototypes, dont les circuits électroniques sont fournis par la société américaine Intersil, sont donnés en test au Centre Technique de l’Industrie Horlogère à Besançon en 1973 [3].

1981

1981

1982

Mais ce n’est finalement qu’en 1981 que Mortima lancera ses premières montres à quartz grâce à un calibre maison, Cattin C-80, avec calendrier et de seulement 3,5 mm d’épaisseur. La durée de vie de la pile était de 2 ans.

Cela permettra à Mortima de lancer toute une gamme de montres à quartz économiques, en parallèle des gammes de montres mécaniques.

En 1979, René Gruet, succède à son beau-père à la tête de Cattin & Cie [4]. L’entreprise emploie alors 274 personnes, produit plus de 2 millions de montres par an, et fabrique désormais ses propres boîtes après le rachat de la Compagnie Française de Boîtes de Montres à Damprichard près de Morteau.

Le début des années 1980 se passe avec succès : la production atteint 2,4 millions de pièces en 1983.

Mais René Gruet décède dans un accident de la route en 1985. La direction est confiée à Jean Cattin et Pierre Cheval [5].

Dans le même temps, les montres à quartz bon marché venues d’Asie déferlent sur les marchés internationaux.

Mortima tente alors le lancement de montres en matières plastiques, des montres plus luxueuses, avec des marques comme Réné Valentin ou Cattin, des montres de designer (Alain Silberstein), et investit dans la montre à quartz solaire.

1986

1986

1988

Mais la société est en difficulté en 1991, et les usines sont reprises par la fabrique suisse CAMY [6].

Paul Bommer tente en 1992 la création de la Nouvelle Société Cattin SA, mais elle est en faillite en 1994.

 

 Un article sur les principaux modèles Mortima se trouve ici.

 

[1] Europa Star, 1963, 20, 1 p. 28

|2] La France Horlogère, 1971, 310, p. 144

[3] Europa Star, Trade Bulletin, 1973, 749, 13, pp. 23-24

[4] Europa Star, 1979, 117, 3, p. 3

[5] Europa Star, 1986, 156, 2 p. 318

[6] Europa Star, 1992, 246, 2 p. 23

Notes :

Concernant Time To Tell : Time To Tell dispose de l'une des plus grandes bases de données privées numérisées sur l'histoire de l'horlogerie suisse avec plus de 2,5 To de données sur plus de 1000 fabricants de montres suisses. Cette base a été construite sur une période d'une trentaine d'années et continue à être alimentée d'environ 50 à 100 Go de données chaque année. Cette base de données est constituée de documents anciens, en majorité des revues professionnelles suisses, allant de la fin du 19e siècle à la fin du 20e siècle. La plupart de ces documents ne sont pas disponibles sur l'Internet. Les articles historiques publiés sur le site time2tell.com citent toujours les sources utilisées.

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