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Chronographe à heure sautante Eberhard

Chronographe à heure sautante Eberhard

Eberhard

On connait tous le rare chronographe Eberhard à heure sautante Eberhard. La découverte récente d’un chronographe anonyme à heure sautante m’a conduit à explorer un peu plus le sujet et à découvrir l'implication de Breitling.

Description

Joël Pynson

Juin 2026

On connait tous le rare chronographe Eberhard à heure sautante Eberhard. La découverte récente d’un chronographe anonyme à heure sautante m’a conduit à explorer un peu plus le sujet.

Merci à Nicola et à Emilio sur https://orologi.forumfree.it/ pour leur aide dans la documentation Eberhard.

Je vais essayer de démontrer dans cet article :

1. que les chronographes à heures sautante Eberhard ont été réalisés par Breitling

2. qu’ils ne sont pas des années 1920 mais plutôt des années 1930

Credit eberhard-co-watches.ch

Selon Eberhard et d’autres sources [1], cette montre daterait des années 1920 et serait basée sur un brevet d’Adamir Sandoz-Boucherin de 1905 [2], transmis à Eberhard en 1906. Eberhard a également repris un brevet de Gustave Adrien Quartier de 1905 sur une montre du même type [3].

Cette hypothèse ne semble pas très réaliste. D’une part le brevet Sandoz-Boucherin est très antérieur au chronographe à heure sautante. Eberhard a effectivement utilisé ce brevet dès 1906, mais pour des montres de poche de marque Domina à mouvement de type Roskopf, et non pour des chronographes [4].

Domina 1906

Les montres à heure sautante sont toujours apparues par vagues dans l’histoire de l’horlogerie suisse. Ainsi, plusieurs fabricants, dont Eberhard, en ont proposés entre 1900 et 1910, puis ces montres sont passées de mode [5].

1901

1906

1907

1908

1909

Eberhard et Breitling ont collaboré de longue date. De fait, avant 1935, Eberhard a souvent utilisé les calibres Breitling pour ses chronographes.

Calibre Breitling

On peut aussi trouver des chronographes National Watch, marque utilisée par Eberhard jusqu’en 1918, équipés du fameux calibre Breitling 1915 et son poussoir à 2h.

Credit Arno Favarelli on aisor.it

Catalogue Breitling c. 1930

Ce calibre a été utilisé par Breitling pour des chronographes de poche et des chronographes-bracelets, et par Eberhard pour des chronographes-bracelets.

Credit watch-montre-paris.com

Breitling c. 1930

Breitling utilisait des ébauches Landeron mais ce qu’on appelait autrefois « les aciers du chronographe », c’est-à-dire certaines pièces comme les ponts ou le marteau, étaient propres à Breitling. On peut le voir en comparant les ponts et le marteau des deux calibres :

Détail mouvement Breitling

Détail mouvement Landeron

Les premières montres-bracelets à heure sautante sont apparues à la fin des années 1920, d’abord en petite série chez Audemars Piguet & Co. en 1926, puis en augmentation en 1929 avec un pic en 1932. Elles ne sont plus proposées après 1936. Les brevets Sandoz-Boucherin et Quartier utilisés pour les montres Domina étaient alors dans le domaine public, mais d’autres brevets avaient été déposés, plus spécifiques aux montres-bracelets [6].

Nombre de fabriques revendiquant la production de montres à heure sautante dans les revues professionnelles suisses. Revues analysées : Journal Suisse d’Horlogerie, Revue Internationale d’Horlogerie, La Fédération Horlogère, et l’Indicateur Davoine

1931

1931

1932

1933

Pour réaliser un chronographe-bracelet à heure sautante, il fallait que les pièces constitutives soient disponibles auprès des fournisseurs, car ni Eberhard ni Breitling n’étaient en mesure de les produire. Or ces pièces ne sont devenues courantes qu’au début des années 1930.

Le calibre retrouvé dans ces chronographes à heure sautante est le calibre Breitling déjà utilisé par Eberhard. Or il existe des chronographes identiques mais sans la signature Eberhard :

Un article de la Revue Internationale d’horlogerie parle de l’exposition d’horlogerie qui a eu lieu à La Chaux de Fonds en 1932 [7]. Sur le stand Breitling, le commentateur déclare : « Nous avons examiné avec beaucoup d’intérêt un chronographe à heures sautantes, le premier modèle du genre, en poche et bracelet. »

On peut penser qu’un journaliste spécialisé dans l’horlogerie est sincère lorsqu’il dit avoir vu ce type de montres pour la première fois.

Breitling ne signait pas ses cadrans à cette époque, il est donc fort probable :

- que les chronographes à heure sautante anonymes soit des chronographes Breitling,

- que ceux signés Eberhard aient également été produits par Breitling,

- et que ces chronographes datent du début des années 1930.

On pourrait faire remarquer que les anses de ces chronographes évoquent plutôt les années 1920. Toutefois des boîtes identiques sont retrouvées dans un documents Huga de 1934, un document Breitling de 1934, et un document Eberhard de 1935, ce qui n’exclue donc pas une production vers 1932.

1934

1935 – Credit Emilio [8]

Breitling 1934

La date de 1932 est de plus parfaitement cohérente avec l’engouement du moment pour ce type de montre.

Bien sûr, toute information nouvelle fera avancer cette histoire passionnante de l’horlogerie suisse.

 

[1] Exemple :https://orologi.forumfree.it/?t=69942767&st=45

[2] Brevet CH 31 613

[3] Brevet CH 33 814

[4] Pour plus d’informations voir Eberhard 

[5] Ceci est dû à la particularité de l’affichage numérique : il affiche un temps précis, mais pas le temps relatif. L’affichage analogique donne lui l’heure exacte, mais également sa place relative dans la journée : : à 10h00 par exemple, je « vois » qu’il me reste deux heures avant l’heure du déjeuner, et à 17h00 je « vois » qu’il ne reste plus beaucoup de temps avant 18h00 et la fermeture des bureaux. C’est la notion pour le cerveau humain d’une « échelle de temps » qui le rend plus compréhensible. Ceci explique l’effet de mode de cet affichage, et son abandon régulier, comme on l’a vu par exemple avec les montres à quartz. Il est possible en revanche que les jeunes générations, habituées à la lecture de l’heure sur smartphone, restent dubitatives devant un cadran analogique.

[6] Par exemple les brevets CH 121 377 déposé en 1926, CH 153 245 déposé en 1930, ou le brevet CH 155 824 déposé en 1931

[7] Revue Internationale de l’Horlogerie, 1932, 19, p. 221

Notes :

Concernant Time To Tell : Time To Tell dispose de l'une des plus grandes bases de données privées numérisées sur l'histoire de l'horlogerie suisse avec plus de 2,5 To de données sur plus de 1000 fabricants de montres suisses. Cette base a été construite sur une période d'une trentaine d'années et continue à être alimentée d'environ 50 à 100 Go de données chaque année. Cette base de données est constituée de documents anciens, en majorité des revues professionnelles suisses, allant de la fin du 19e siècle à la fin du 20e siècle. La plupart de ces documents ne sont pas disponibles sur l'Internet. Les articles historiques publiés sur le site time2tell.com citent toujours les sources utilisées.

Time To Tell est une société privée, indépendante de tout fabricant d'horlogerie.

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