La véritable histoire des montres Gallet

La véritable histoire des montres Gallet

Gallet

Gallet est un cas particulier parmi les fabricants d’horlogerie suisses. C’était en effet essentiellement une société de négoce qui achetait des montres à différents fabricants de la région de La Chaux-de-Fonds pour les commercialiser à l’étranger. Mais la société s’est illustrée dans le domaine des chronographes et compteurs, en particulier aux Etats-Unis.

Description

Joël Pynson

Mai 2025

1. La dynastie des Gallet

Julien Gallet, originaire de Genève, s'est installé à La Chaux-de-Fonds en tant que fabricant d’horlogerie vers 1826 [1]. Il s’associe ensuite avec ses fils Lucien-François et Léon-Louis sous le nom J. Gallet & Cie.

En 1864, Léon-Louis créé une succursale aux Etats-Unis qui devient rapidement le débouché le plus important pour l’entreprise.

Le fils aîné de Léon-Louis, Julien-Louis, dit Julien Jr., entre dans l’entreprise familiale et s’associe en 1883 avec Jules Racine, sous le nom Julien Gallet & Cie [2]. Jules Racine est en fait l’oncle de Julien-Louis. Il est installé à New-York et va lui aussi conforter le succès des montres Gallet aux Etats-Unis [3].

Le nombre de marques déposées par Julien Gallet & Cie est impressionnant : citons National Park, Jerôme Park, Continental, Lady Racine, Epsom Timer, etc. L’examen des calibres utilisés pour les montres de ces marques qui sont parvenues jusqu’à nous, montre que les fournisseurs étaient très nombreux et que le chronographe était un modèle important, probablement du fait qu’il était très apprécié aux Etats-Unis.

Chronographe Continental, calibre Guinand

Chronographe Jerome Park, calibre Minerva

Chronographe National Park, calibre Breitling

Ceci explique également la prise de participation en 1876 de Lucien et Léon-Louis Gallet dans la Société Suisse d’Horlogerie, société créée à La Chaux-de-Fonds pour s’assurer de la fourniture de montres par la Fabrique de Montilier [4].

En 1891, Georges-Léon, frère cadet de Julien Jr, devient associé.

Léon-Louis Gallet meurt en 1898. Il avait acquis une fortune considérable, et il légua une forte somme à la ville de La Chaux-de-Fonds, dont une partie pour la création d’un musée d’horlogerie [1].

En 1900, Julien-Louis et Georges-Léon transforment la société en Gallet & Co. [5]

Les Gallet souhaitaient certainement s’assurer la fourniture de montres de bonne qualité. L’occasion va se présenter en 1907 avec le rachat de la Société d’Horlogerie Electa.

2. Gallet & Co., Fabrique d’horlogerie Electa

Electa avait pour origine la Société d’Horlogerie de Genève, créé par Prosper Nordmann pour commercialiser les chronographes et répétitions de son invention [6]. En 1902 la société avait été transférée à La Chaux-de-Fonds sous le nom Société d’horlogerie Electa [7].

Probablement à cause de difficultés financières, la Société d’Horlogerie Electa est donc reprise par Gallet & Co. qui devient dès lors Gallet & Co., Fabrique d’horlogerie Electa [8].

La fabrique Electa devient alors la « manufacture » de Gallet. Le nombre de calibres est augmenté, mais la production des chronographes « type Nordmann » est arrêtée.

En 1912, l’entreprise devient une société anonyme sous le nom Fabrique d’horlogerie Electa, Gallet & Co. SA [9].

1912

Au début de la 1ère Guerre mondiale, Electa-Gallet commence la production de montres-bracelets. La marque Galco est déposée en 1916.

1914

1915

La montre-bracelet devient dès lors une spécialité de l’entreprise, avec une gamme de plus en plus grande de montres pour les militaires, y compris de chronographes-bracelets.

1918

1920

Mais les années d’après-guerre sont des années de crise pour l’industrie horlogère suisse et Electa-Gallet n’y échappe pas.

En 1924, l’entreprise est en sursis concordataire, l’usine et toutes ses machines doivent être mise en vente.

1924

1927

La Fabrique d’Horlogerie Electa, Gallet & Co. SA disparait en 1928 [10].

L’histoire de Gallet n’est pas terminée pour autant. L’entreprise va même se relever avec brio.

3. Gallet et Co.

Dès 1924, Léon-Louis Gallet et Madeleine Montandon-Gallet créent à La Chaux-de-Fonds une nouvelle société, L. Gallet & Co., transformée en Gallet et Co. en 1928 [11].

Le marché américain se développe de plus en plus, et ce d’autant que la pratique sportive se généralise : la demande en compteurs et en chronographes explose. C’est à cette époque que Gallet & Co. va nouer des relations très étroites avec Excelsior Park qui revendique alors être la plus importante fabrique de compteurs de sport en Suisse [12].

Les fournisseurs de Gallet sont toujours nombreux, mais les compteurs sont presqu’exclusivement fournis par Excelsior Park. De même, les calibres chronographes sont fournis par Ébauches SA, en particulier le Vénus 140 qui sera très utilisé par Gallet, mais dès que le calibre EP 12/13 d’Excelsior Park sera disponible en 1938, il sera utilisé par Gallet.

1931

1936

1938

Calibre Vénus 140

Calibre Excelsior Park

Calibre Excelsior Park

La gamme des chronographes-bracelets exportés aux Etats-Unis est très variée. On trouve de nombreux modèles sur base Vénus 140, et aussi de petits modèles sur base Valjoux 69. Vers 1938, certains modèles sont appelés Multichron. Il s’agit des modèles d’abord munis d’une échelle tachymétrique, puis des modèles ayant une double échelle, tachymétrique et télémétrique.

En 1940, Madelaine Montandon-Gallet décède, et Paulette, épouse de Léon-Louis, entre dans l’entreprise [13].

En 1941, Gallet lance aux Etats-Unis son modèle le plus connu aujourd’hui : le chronographe Flight Officer. C’est un chronographe indiquant les heures du monde, avec une boîte étanche en acier. Le brevet [14] de ce modèle est de Philippe Weiss qui dirige la Fabrique White Star à La Chaux-de-Fonds. Il est possible que ce soit la société White Star qui ait fourni ce chronographe à Gallet.

En 1944, Gallet et Co devient une SA avec Léon-Louis Gallet comme président. L’année d’après, Gallet lance un rare modèle Navigator, qui est fait le modèle Parachutiste d’Excelsior Park [15].

1950

Dans les années 1950, Bernard-Georges-Léon et Pierre-Auguste Gallet entrent dans l’entreprise familiale.

Au début des années 1960, Gallet lance ses premières montres de plongée, sous les noms Racine et Galco.

1964

Au début des années 1970, Gallet lance sa version du chronographe Excel-O-Graph d’Excelsior Park, mais l’entreprise, ne résista pas à la « crise du quartz » qui a débuté en 1975. Les premières difficultés ont commencé avec la chute du dollar alors que le marché américain était le plus important. Le marché des compteurs s’est ensuite tari, avec la forte concurrence des autres fabricants, Heuer en particulier, puis sont arrivés les compteurs à quartz qui ont mis l’entreprise en péril.

En 1977, Gallet et Co. est rachetée par Guinand Watch Co [16].

4. De Gallet & Guinand à Gallet AG

Ce rapprochement entre Guinand et Gallet parait logique : les deux entreprises vendaient des chronographes et des compteurs, et Guinand était également distribué aux Etats-Unis.

La nouvelle société s’appelle Gallet & Guinand et son siège social est aux Brenets, près du Locle. Le président est Jean Guinand, mais on trouve au conseil d’administration Michel Guinand, et Hélène et Bernard Gallet.

La situation économique de la nouvelle entreprise n’est toutefois pas brillante. Bernard et Hélène Gallet décident alors en 1981 de créer Gallet SA à La Chaux-de-Fonds [17], et de récupérer plusieurs marques, dont Gallet et Galco. Michel Guinand créé lui aussi sa propre société, à son nom en 1981 [18].

La société Gallet & Guinand fait faillite en 1985 [19]. Gallet et Guinand vont alors suivre des voies différentes.

Gallet SA va trouver de nouveaux partenaires en 1991. Il s’agit de Michael et Jean-Claude Vrolixs qui dirigent la société New Trends of Switzerland à La Chaux-de-Fonds, dont la marque la plus connue est Swiss Army [20].

La marque est relancée avec des montres en céramique et des chronographes mécaniques, dont le modèle Flight Officer, renommé Flying Officer, mais le succès n’est pas au rendez-vous.

1991

1992

Gallet SA est en faillite en 1993 [21]. En 1996 la marque est reprise par la famille Neresheimer qui créé la société Gallet AG à Zollikon, près de Zurich [22]. Mais la marque est mise en sommeil.

En avril 2025, Breitling a fait l’acquisition de la marque Gallet [23].

Voir aussi, Electa, White Star, Guinand, Excelsior Park

 

[1] Journal Suisse d’Horlogerie, 1899, 12, p. 424

[2] FOSC 1883

[3] Pierre-Yves Donzé, Les patrons horlogers de La-Chaux-de-Fonds, Editions Alphil, 2007, p.32

[4] FOSC 1883 et 1885

[5] FOSC 1900

[6] Voir Electa

[7] FOSC 1902

[8] FOSC 1907

[9] FOSC 1910

[10] FOSC 1928

[11] FOSC 1924 et 1928

[12] Voir Excelsior Park

[13] FOSC 1940

[14] Brevet CH 215 450 déposé en 1940. Voir aussi White Star.

[15] Voir l’article sur ce chronographe ici.

[16] FOSC 1977

[17] FOSC 1981

[18] Voir Guinand

[19] FOSC 1985

[20] Europa Star Europe, 1991, 2/6, p. 270

[21] FOSC 1993

[22] FOSC 1996

[23] https://www.fhs.swiss/fre/2025_04_03_02_Breitling.html

Notes :

Concernant Time To Tell : Time To Tell dispose de l'une des plus grandes bases de données privées numérisées sur l'histoire de l'horlogerie suisse avec plus de 2,3 To de données sur plus de 1000 fabricants de montres suisses. Cette base a été construite sur une période d'une trentaine d'années et continue à être alimentée d'environ 50 à 100 Go de données chaque année. Cette base de données est constituée de documents anciens, en majorité des revues professionnelles suisses, allant de la fin du 19e siècle à la fin du 20e siècle. La plupart de ces documents ne sont pas disponibles sur l'Internet. Les articles historiques publiés sur le site time2tell.com citent toujours les sources utilisées.

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